A l’occasion des dix ans des 35 heures nous avons eu droit à un formidable cours de gouvernance de la France-d’en-bas (vous savez cette France qui bosse pour un patron). Cours dispensé en 4 leçons par un collectif gouvernemento-présidentialo-UMPiste, soutenu par cette chose difficilement identifiable (en ce moment) qu’est le « groupe parlementaire UMP ».
1er Leçon : Utiliser des symboles forts
Il n’est pas utile de faire comprendre les motivations d’une réforme à cette France-d’en-bas… L’important c’est de communiquer ! Regardez pour les 35 heures on a choisi une date symbolique, à savoir son dixième anniversaire, pour introduire la procédure de son démantèlement. Pas mal comme « plan com » ? Ainsi, avant que cette pauvre France-d’en-bas n’ait l’idée de fêter ce jour (béni ?) qui l’avait autorisé à travailler une demi-journée en moins par semaine tout en touchant le même salaire, on a décidé de frapper un grand coup. Et le 19 mai (fameux jour du dixième anniversaire) Patrick Devedjian (vrai-faux-patron de l’UMP) exigeait avec force et à grand renfort de phrases choc le retrait pur et simple des 35 heures. Reprenant par là même, une revendication du MEDEF (syndicat du patronat), il demandait que les 35 heures soient remplacées par des accords sur le temps de travail, élaborés par et pour chaque entreprise.
2ème leçon : Le cynisme comme moyen de communication
Vous voyez, sur ce dossier, on ne s’est pas contenté de demander au gouvernement de mettre fin au 35 heures afin revenir aux 39 heures d’avant… Non ! On a carrément exigé la fin de la durée légale du travail ! Ca à l’air « un peu fort de café » comme ça, mais ça passe ! Pour les 35 heures, la France-d’en-bas n’a pas bronché, bien conditionnée qu’elle était, à l’idée que ses acquis sociaux ont fait leur temps. En fait le cynisme est un bon moyen de communication, surtout en période de crise, et surtout quand notre petite « France-d’en-bas » tremble à la seule idée de perdre son travail. Conclusion : il ne faut jamais hésiter à jouer sur les peurs de notre sensible France-d’en-bas, et Dieu sait qu’elle en a.
3ème leçon : la technique du « bon flic » et « méchant flic »
Vous connaissez tous cette technique dans les films d’action. Il y a un « méchant flic » qui donne des baffes et qui menace des pires tortures. Et puis après vient le « bon flic » qui veut négocier pour sauver le suspect de tous les maux promis. Souvent le suspect cède et fait confiance au « bon flic », ignorant que toute cette comédie est orchestrée uniquement pour lui tirer les vers du nez. Au final, le suspect se fait toujours avoir. Pour les 35 heures, le « méchant flic » c’est l’UMP qui exige la fin des 35 heures, soutenu par Jean-François Copé (patron des députés UMP) jugeant la « proposition de Patrick Devedjian intéressante et constructive ». Face à ces déclarations pour le moins tranchées, le ministre du Travail fortement appuyé quelques heures plus tard par le Président de la République en personne, vole au secours de la naïve France-d’en-bas. Les « bon flics » s’enflamment en promesses passionnées : « Pas question d’abandonner les 35 heures ! Mais comment calculerait-on les « heures sup », mesure phare du programme présidentiel ? … » Ainsi toute la famille UMP a dû participer à cette tartufferie : du Président, au gouvernement, en passant par le parti et le groupe parlementaire UMP. Tout le monde a mouillé sa chemise pour que la France-d’en-bas soit fin prête à tout accepter en la matière.
4ème leçon : le coup de grâce
Le 29 mai, l’air de rien, le gouvernement présente son projet de loi sur la représentativité des syndicats. Et là subrepticement, on voit apparaître une mesure sur la durée du temps travail. Désormais, il faudra distinguer « durée légale » et « durée réelle » du temps de travail. On nous explique que la « durée légale » est 35 heures, mais que chaque entreprise pourra négocier la « durée réelle » du temps de travail, adaptée à son activité et à son rythme. Et ho ?!!!… On ne prend pas la France-d’en-bas un peu pour une conne, là ?... Cette solution n’a t-elle pas le goût des propositions de l’UMP et du MEDEF ? A quoi ça sert de nous dire que la durée légale de travail c’est 35 heures, quand on peut l’aménager comme on veut ? Effectivement le Président n’a pas menti, il a gardé les 35 heures, mais il les a complètement vidé de leur substance… Ce projet de loi sera étudié à la mi-juin, d’ici-là il sera bien temps de danser sur la dépouille des 35 heures. Et la France-d’en-bas ira se faire voir avec ses velléités d’acquis sociaux…
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Publié: mardi 1er juillet 2008.
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- Rubrique: Humeurs de Mika
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- #09 juin 2008
- Politique




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