
Le rapport apporte pourtant de très nombreux éléments concrets qui creusent un peu plus ce que d’autres enquêtes avaient déjà mis en lumière : l’appui à la préparation du génocide, la fourniture d’armes, la protection fournie au pouvoir extrêmiste. Ainsi, durant les années précédant le génocide, des militaires français avaient pour mission de former les miliciens interhamwe (principaux exécutants du génocide). Les nombreux témoignages recueillis sont sans équivoque sur la finalité de ces entraînements : « Les Français nous apprenaient à tirer sur des cibles. [..] Ce sont les Français qui nous donnaient des notes et des récompenses en fonction de nos résultats. [..] Ils nous disaient que ce qui était important était de bien connaître l’ennemi, que l’ennemi était le Tutsi. ». Un militaire belge et un membre du GIGN français confirment l’existence de ces entraînements.
Par ailleurs, le rapport indique que des gendarmes français « ont contribué en toute connaissance de cause au fichage informatisé des suspects politiques et ethniques qui devaient être massacrés durant le génocide ». D’autres témoignages détaillent la mise en place, entre 1990 et 1993 de barrages filtrant les gens selon leur ethnie, où les militaires, rwandais et français, se seraient livrés à toutes sortent d’exactions sur des tutsis : violences, assassinats, agressions sexuelles, viols.
A tous les niveaux de la préparation, l’implication des français est telle qu’on peut penser que sans la France, il n’y aurait pas eu de génocide. La plupart de ces faits avaient déjà été mis en valeur par les travaux de journalistes, d’associations ou par les témoignages de militaires de l’ONU (en particulier le général canadien Dallaire, qui commandait la force de maintien de la paix au Rwanda). Mais le rapport va plus loin dans la description du rôle de la France pendant l’exécution du génocide.
Dès le début des évènements, la plupart des membres du gouvernement intérimaire, qui supervisa le déroulement du génocide, furent hébergés par l’ambassade de France à Kigali. La formation de ce gouvernement intérimaire se fit avec l’implication permanente de l’ambassadeur Jean-Philippe Marlaud. Aujourd’hui, la plupart des personnes qui composèrent ce gouvernement sont jugées ou condamnées par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Lors de l’opération Amaryllis, et alors qu’il était impossible de nier la réalité du génocide qui se déroulait, une note du général français Quesnot précise que le premier avion que les militaires font décoller évacue 40 ressortissants français et, sur instruction directe de François Mitterand, 12 membres de la famille Habyarimana, au centre du pouvoir extrêmiste. Cette mission a, par ailleurs, comme instruction expresse de ne pas arrêter les massacres. Les génocidaires devant tant à la France, on peut légitimement se dire qu’un ordre de notre pays aurait pourtant suffit à tout arrêter. La France choisit plutôt de continuer à livrer des armes aux milices interhamwe et ce n’est qu’un aperçu du comportement de la patrie des droits de l’homme durant ce sombre épisode...
Ce rapport implique de nombreuses personnalités politiques françaises : François Mitterand, bien sûr, mais aussi Alain Juppé, Dominique de Villepin, Hubert Védrine ou encore Edouard Balladur. Au total 13 hommes politiques et 20 officiers de l’armée sont présentés comme étant à l’origine de cette indéfendable politique. Ils appartiennent pour beaucoup au passé. Mais la journaliste belge Colette Braeckman, présente au Rwanda à l’époque, note que le rapport passe sous silence des aspects importants, qui concernent l’actuel président français : « En effet, il n’aborde pas la question du financement des opérations françaises, alors que, n’étant pas toutes officielles, elles devaient être alimentées par des circuits parallèles. Il serait douteux que la Commission, qui a eu accès aux archives de la Banque du Rwanda, ne dispose pas d’indications sur ce sujet, d’autant plus intéressant qu’à l’époque le ministre français du Budget s’appelait Nicolas Sarkozy. ».
Une fois n’est pas coutume, les conclusions du rapport sont balayées par la plupart des français mis en causes et par les journalistes. La commission serait partiale, chargée d’enquêter à charge contre la France. Rappelons-leur tout de même que la Belgique et les Etats-Unis ont fait leur mea culpa pour leurs responsabilités, moins importantes, dans ce génocide. Seul la France nie toujours. Le rapport ne serait qu’un moyen, pour le président rwandais, Paul Kagame, de répondre aux accusations du juge français Jean-Louis Bruguière ? Mais la commission a commencé ses travaux bien avant ces accusations et s’appuie sur d’autres enquêtes de journalistes et associations européens. Enfin, ils mettent en doute un document où figure une erreur dans le prénom d’un militaire. Quand bien même ce document serait faux, cela resterait une goutte d’eau parmi les 500 pages du rapport Mucyo, que tout le monde se devrait de consulter, à commencer par les journalistes qui le dénigrent.
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Publié: mercredi 1er octobre 2008.
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- #11 septembre 2008





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