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Après les OGM, les hormones de croissance :

Vous allez adorer la viande clonée

Janvier 2008, l’Agence américaine de réglementation des produits alimentaires (FDA) a donné son feu vert à la commercialisation de produits issus d’animaux clonés. Elle déclare que ceux-ci sont sûrs pour la consommation humaine et animale : « La viande et le lait issus de bovins, de porcs et de chèvres clonés, ainsi que de la progéniture de clones d’espèces traditionnellement consommées sous forme d’aliments, ne présentent pas plus de dangers que ceux issus d’animaux élevés selon les méthodes classiques [...] » En gros, maintenant aux USA, on peut manger des biftecks ou boire du lait issu d’animaux clonés. Et pour rassurer le consommateur septique, quant à l’idée de retrouver de la viande clonée dans son assiette, la FDA n’exige pas d’étiquetage ni aucune autre mesure supplémentaire tendant à informer de la présence de viande clonée dans les produits mis en vente aux USA. Et les EU ne sont pas les seules puisqu’il en va de même au Japon.

Et nous alors ?

Et bien, la question est à l’étude au niveau européen. En effet, l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a jugé elle aussi cette viande est globalement (sic) aussi fiable que celle d’animaux non clonés.

Le Comité de bioéthique de la Commission européenne émet, quant à lui, des « doutes » sur la commercialisation de viande et de lait issus d’animaux clonés et prend ainsi le contre-pied de l’EFSA. À l’heure actuelle, le comité « ne voit pas d’arguments convaincants justifiant la production de nourriture à partir de clones et de leur progéniture ». « Compte tenu de l’ampleur actuelle des souffrances et des problèmes de santé des animaux porteurs et des animaux clonés, le Comité doute de la justification éthique du clonage des animaux à des fins alimentaires ».

Ceci étant, l’EFSA devrait rendre son avis final sur la question courant mai. Avis qui sera le premier pas vers l’autorisation ou l’interdiction de la commercialisation des produits issus de viande clonée en Europe. En effet, si l’EFSA juge un aliment sûr, la Commission soumet une proposition d’autorisation de celui-ci aux États membres par la voie du Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale. Et devinez quoi, depuis janvier aussi, la commission européenne a présenté une nouvelle réglementation pour « faciliter la mise sur le marché de nouveaux aliments sûrs ». Le but déclaré étant « d’instaurer un système [...] favorable au commerce. [...] Il peut s’agir d’aliments produits au moyen de nouvelles techniques et technologies ou d’aliments qui sont consommés dans d’autres parties du monde mais qu’il n’est pas habituel de consommer dans l’Union européenne ». Peut-on y voire un lien, on serait tenté non ?

Pour l’instant, ce feu vert Américain n’implique pas l’arrivée massive de biftecks de bœuf cloné sur les étals des bouchers puisqu’un animal cloné coûte entre 7.000 et 14.000 euros. Les clones devraient être utilisés comme reproducteur d’élite. Un cheptel de vaches laitières très performantes pourrait être engendré par reproduction naturelle entre plusieurs couples de bovins clonés présentant les caractéristiques idéales.

Cela ne vous fait pas penser à quelque chose ? À de l’eugénisme peut-être ? L’eugénisme désigne l’amélioration des caractères héréditaires de l’espèce humaine (ou animale) par une intervention délibérée. Cela peut se traduire par une politique volontariste d’éradication des caractères jugés handicapants ou de favorisation des caractères jugés bénéfiques.

Hum... ressemblance troublante, non ? En extrapolant, on peut penser qu’une fois bien habitués au clonage, puisque banalisé et faisant partie de notre quotidien, le clonage humain (thérapeutique ou non ! ) nous semblera moins extraordinaire et plus facile à accepter... Le problème est que la génétique ne laisse plus de place à l’hypothèse de l’hérédité de caractère acquis autrement que par le hasard d’une mutation. Et c’est probablement là que se trouve la principale impasse de l’eugénisme, même lorsque celui-ci ne s’attache qu’à la simple élimination des maladies héréditaires. Car, dans certains cas, ce qui est une maladie peut être, aussi, un facteur de survie : par exemple la drépanocytose, maladie héréditaire qui permet de résister au paludisme.

La variété et le nombre (la biodiversité) représentent autant d’opportunités possibles d’adaptation des systèmes vivants à des conditions futures inconnues, et donc à la survie de l’espèce. L’élimination systématique de tous les caractères jugés handicapants ou superflus à un moment donné pourrait parfaitement abréger la durée de vie d’une lignée... Avant même de connaître toutes les problématiques issues de ces nouvelles lignées d’animaux ; nouvelles maladies, répercussions sur notre santé, étique... on organise déjà la commercialisation de ces technologies balbutiantes. Ça ne serait pas, encore, nous les vrais cobayes de l’histoire.


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