Assainir, se préoccuper de ce que deviennent les eaux usées n’est une pratique ancienne. Au Moyen Age, l’on se souciait peu d’hygiène et la rue était la voie d’évacuation naturelle. Sans remonter bien loin en Guadeloupe, (lecteurs sensibles, sautez quelques lignes) s’occuper des « pots à pissa » et autres « sauts à caca » faisait partie de la corvée des jeunes, avec comme réceptacle naturel la rivière ou la mer. Mais aujourd’hui nous ne retrouvons plus de « popo » flottant entre deux brasses... Encore que... Si ce n’était que cela...
L’assainissement est une question préoccupante en Guadeloupe et cela quel que soit l’utilisateur concerné. Les usages domestiques (salle de bains, cuisine, toilettes) sont en croissance du simple fait de l’augmentation de la population et du volume consommé. Pour sûr, nos mères faisaient bien plus attention à l’utilisation des bidons d’eau qu’elles se « tapaient » d’aller chercher à pied à la rivière ou au seul robinet du quartier.
Les usages industriels (produits toxiques, hydrocarbures...) ne sont pas en reste. Chacun se rappelle le spectacle multisensoriel affligeant des odeurs nauséabondes, des eaux noirâtres, des poissons ventre à l’air dans la Grande Rivière à Goyave résultats des rejets de vinasses de l’usine de Bonne-Mère.
De plus, nous sommes en retard dans la mise en place et la mise aux normes des outils d’épuration. Mais nous ne sommes pas les seuls, la France a été mise en demeure par l’Europe de mettre en conformité ses stations, sans compter la Directive européenne cadre sur l’eau qui demande d’atteindre le bon état des eaux d’ici 2012. L’assainissement est (donc) la priorité du programme opérationnel du FEDER 2007-13 qui prévoit 80M€ (eau et assainissement).
L’objectif est donc d’améliorer nos chiffres. En effet sur les 22 plus grosses stations d’épuration du département (capables chacune en théories de traiter au moins les eaux usées de 2000 équivalents-habitants ou plus), seulement 4 sont aux normes suivant qualité des rejets dans le milieu naturel, et seulement 6 en fonctionnement actuel sont autorisées suivant Code de l’Environnement.
Au cours des deux dernières années, 18 mises en demeure (pour des stations d’épuration non autorisées ou dont la qualité des rejets est insuffisante) ont été envoyées aux Maires et Présidents de collectivités pour « suite à donner dans les plus brefs délais ». Cinq stations font l’objet d’une procédure de consignation Sainte-Rose (2), Petit-Bourg, Morne à l’eau, Capesterre Belle- Eau. Cette dernière commune s’est vue effectivement consignée 100 000 euros.
Le nombre des mini-stations est quant à lui estimé à 600. Et apparemment personne n’aurait d’idée précise sur le nombre de mini-mini-stations (inférieures à 2000 équivalent/habitants) parce qu’elles sont souvent privées. Il faut savoir que nos amis aménageurs plantent de nombreux lotissements ça et là et les dotent de mini-stations pas toujours bien dimensionnées. La gestion revient ensuite aux locataires qui ne sont pas toujours ni compétents, ni respectueux de l’environnement jusqu’à ce que la gêne devienne insupportable. La gestion peut aussi être confiée aux communes qui récoltent des mélasses qu’elles n’ont ni pensées, ni conçues.
Mais pire encore le mauvais état de nos stations d’épuration a pour conséquence directe que nos eaux usées sont pour une bonne partie simplement rejetées dans le milieu naturel, en direct, sans traitement et se déversent ensuite dans nos ravines, rivières ou mer… Bref là où nous nous baignons...
C’est à se demander ce que faisait la Police de l’eau, complaisante et laxiste, qui commencent, seulement depuis l’année dernière, à allumer les collectivités négligentes. Il aurait fallu le faire bien avant pour les obliger à prendre le taureau par les cornes.
Mais l’espoir viendra peut-être des prises de conscience des différentes municipalités et/ou intercommunalités. Elles doivent mettre en œuvre un Service Public d’Assainissement Non Collectif (SPANC) afin de contrôler le bon fonctionnement et l’entretien (problème de salubrité, pollution, voisinage…) de toutes les installations d’assainissement autonomes (privées, publiques, à construire ou anciennes). Toutes ces améliorations ont bien entendu un coût que nous payerons sur nos factures d’eau… soyez-en sûrs…
En attendant il ne nous reste plus qu’à faire comme si… comme si nous ne savions, comme si nous n’avions pas aucune responsabilité, comme si nous n’avions aucun moyen d’action… jusqu’à la prochaine catastrophe !!!
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Publié: samedi 1er novembre 2008.
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- Rubrique: Quelques pas de Mika
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- #12 Octobre 2008




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