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Au boulot, bande de fainéants

Fin des 35 heures et autres réjouissances estivales
Vous croyez que ce gouvernement ne fait rien, comme tous les autres ? Détrompez vous. Il en fait beaucoup. Trop. Pendant que vous profitiez des vacances pour rendre visite à votre famille, faire la fête à la plage, jardiner ou toute autre chose que vous ne pouvez pas faire le reste du temps, le parlement, de droite, s’est activé pour mettre en place tout un arsenal antisocial. Donnez au bon peuple du temps libre, des jeux (olympiques), il oubliera peut-être le prix du pain et s’intéressera en tout cas moins que d’habitude aux lois que ses gouvernants mettent en place...

Au programme de la rentrée, tout d’abord un texte sur les « droits et devoirs » des chômeurs. Ne vous réjouissez pas tout de suite : bien peu de droits, mais de lourds devoirs. Le devoir, notamment, d’accepter une « offre raisonnable d’emploi », sous peine, après deux refus, d’être radié des listes des demandeurs d’emploi et de voir ses allocations suspendues. Qu’est-ce que ça change me direz-vous ? De toute façon, du travail, il n’y en a point.

En fait, comme un chômeur raisonne moins qu’un ministre, une « offre raisonnable » a été définie, à sa place, comme une offre à 95% de son ancien salaire, puis s’il persiste, à 85%. Les employeurs pourront donc, sans rougir, proposer des emplois moins payés que la normale. De cette manière, Sarkozy s’assure de présenter un bon bilan en matière de chômage puisque les chômeurs ont le choix entre accepter un emploi sous-payé ou être radiés. Dans les deux cas, ils sortiront des chiffres du chômage. Pour ce qui est des droits, on cherche toujours, notamment la promesse de campagne de Sarkozy selon laquelle les allocations chômage seraient augmentées à 90% du salaire précédent...

Deuxième surprise sympathique de la majorité UMP : la loi de « rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail ». Celle-ci est très simple à résumer. Vous connaissiez peut-être les 35 heures ? (et encore, si votre employeur respectait la loi) Eh bien c’est terminé. Le temps de travail sera désormais négocié dans chaque branche et le nombre d’heures supplémentaires qu’on peut demander à un employé augmentera, jusqu’à 48 heures par semaine. Les cadres, qui ne comptent déjà pas leurs heures, pourront avoir à travailler 235 jours au lieu de 218 par an, oubliant jours feriés et RTT pour seulement 10% de salaire en plus sur les heures supplémentaires. Au final, un cadre pourra légalement travailler 2500 heures alors que 35 heures pas semaine représentent 1607 heures annuelles.

Vous avez lu « démocratie sociale » ? Il s’agit en fait de brider les syndicats en leur imposant un contrôle plus strict de leurs finances (jusqu’ici tout va bien) mais surtout de leur imposer un seuil de représentativité. En clair, si un syndicat recueille moins de 10% des votes aux élections professionnelles, il ne pourra pas participer aux négociations dans l’entreprise.

Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, les députés ont aussi adopté la loi de « modernisation du marché du travail » : les périodes d’essai sont portées au maximum de 4 à 8 mois selon la qualification et certains employés pourront signer des CDD « à objet précis » de 18 à 36 mois, qui évitent à nos chers employeurs de proposer des CDI.

Ajoutons à cela la réforme des institutions qui renforce le pouvoir du président et ne résout rien de spécial et la loi de « modernisation de l’économie », censée améliorer le pouvoir d’achat. Pour cette dernière, on se demande bien comment ils espèrent de tels résultats : il y aura deux semaines de soldes par an (super pour s’acheter deux fois plus de vêtements à la mode, mais inutile pour ceux qui ont du mal à s’acheter à manger), plus de supermarchés (qui sont pourtant les principaux responsables de la hausse des prix) et un « kit de l’auto-entrepreneur ». Pour le contenu de ce kit, d’après nos informations exclusives, il y aurait un mini-costard, un faux pc portable et un attaché-case en carton : bref, rien qui ne se mange.

De l’aveu du président, « tout se tient, nous avons revalorisé le travail en faisant passer un message clair : il ne peut pas y avoir de croissance et de redistribution sans travail ». En effet, derrière les mots facilement utilisés de « modernisation », « réforme » et « rénovation », on trouve bel et bien un tout cohérent qui nous ramène encore plus vers le monde du travail du 19ème siècle : non compté, gracieusement accordé par le patronat, forcé même, puisqu’on fait aux chômeurs « des offres qu’ils ne pourront pas refuser », comme on dit dans Cosa Nostra.

Qui fera les frais de ces expériences faites par l’UMP sur des humains ? Les élus CGT du technocentre de Renault, où trois salariés se sont suicidés, ne connaissent que trop bien la réponse. Ils le disaient aux députés, avant même le vote de la destruction des 35 heures : « Le travail nous dévore la vie. La résistance humaine a des limites. Elles sont atteintes. Et la loi le permet déjà aujourd’hui. Aller plus loin serait déraisonnable. »


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