Bienvenue à la SIG

Bienvenue à la SIG

« Le Fric c’est chic » La Société Immobilière de la Guadeloupe (SIG) en sait quelque chose, elle qui depuis quelques années danse langoureusement sur le rythme entraînant de cette mélodie. Elle virevolte à chaque coup (pendable ?) de batterie et ne semble plus vouloir s’arrêter de danser.

Bienvenue à la SIG

Et à la façon d’une touloulou de Guyane, elle se déguise en enfilant le costume taillé sur mesure d’une société d’économie mixte censée œuvrer pour le développement de la Guadeloupe. Camouflée sous cet habit d’apparat, elle s’en va librement tromper son petit monde. Et elle danse, elle danse, elle danse au bal masqué.

La SIG a les artifices d’un outil de développement local mais ne s’en donne plus les moyens. Elle est normalement vouée à offrir du logement social de qualité et est destinée à être un outil de conseil auprès des collectivités locales pour les accompagner dans le développement harmonieux de notre département. Ces composantes qui devraient être les siennes ne se retrouvent aujourd’hui que sur papier glacé ou sur le site internet policé de la société. Pourtant, dans sa jeunesse c’est vers cet idéal qu’elle tendait. En grandissant elle semble s’éloigner de sa vocation première et se laisse plutôt séduire par les fastes et paillettes de l’argent facile. Elle en oublie au passage le rôle essentiel du logement comme intégrateur social ,car le « chez-soi » est un déterminant important de la place que l’on nous donne et que l’on se donne soi-même dans la société. Le logement est aussi un moteur important pour notre implication économique. Il influe également sur notre santé physique (logements insalubres) et psychologique (logement onéreux ou surpeuplés). Et ce n’est pas un hasard si les conditions de logement sont souvent utilisées comme indicateur pour mesurer le niveau « d’exclusion sociale » .

Dans l’absolu la SIG devrait être le fleuron de projets de construction sur des problématiques actuelles telles que le développement durable et devrait mener une véritable réflexion sur l’intégration dans la construction de paramètres environnementaux et culturels. Elle devrait au passage doter la rénovation urbaine qu’elle entreprend à Pointe-à-Pitre et aux Abymes d’une dimension sociale plus profonde qui irait au-delà d’une simple programmation. Espérons quand même que la charte de relogement qu’elle a élaborée pour ces rénovations répondra, dans la pratique, à ces exigences car aujourd’hui, de plus en plus éloignée de toutes ces considérations, la SIG construit des logements sociaux et aménage le territoire dans l’unique but d’engranger des bénéfices juteux. C’est comme cela qu’elle a mené une opération fracassante et lourde en conséquences : l’achat des terrains destinés au nouveau CHU (voir article Epilogue SIG/CHU).

On est en droit d’être inquiet surtout quand on se penche sur l’organisation de la SIG. Elle danse au rythme des profits et le plus inquiétant dans tout cela c’est l’identité du cavalier qui la guide dans ses choix : l’Etat….L’Etat ? Oui l’éta fwansé si vous préférez. Actionnaire majoritaire de la société, il se fait représenter en Conseil d’Administration par l’Agence Française de Développement (AFD).

Comment ne pas être gêné de voir que derrière les stratégies actuelles de la SIG se cache celui qui devrait nous assurer sa protection. En langage moins diplomate et moins langue de bois nous dirions que nous sommes scandalisés du manque de considération à l’égard des Guadeloupéens que montre l’Etat à travers la politique de la SIG. Mais sommes nous vraiment surpris ?

Le choix de l’AFD pour le représenter ne peut que raviver notre indignation. L’AFD est une agence qui se décrit elle-même comme « une institution financière (…) au cœur du dispositif français de l’aide publique en faveur des pays pauvres », en d’autre terme c’est une banque de l’Etat tournée vers les pays pauvres. C’est pourtant cette « banque » qui nomme le Président de la SIG ainsi que son Directeur Général. Et pour tous ceux qui pensaient encore que la Guadeloupe et les départements d’outremer en général étaient aux yeux de l’Etat français des départements français, l’heure du réveil a sonné. En implantant dans les DOM l’AFD, un outil de coopération destiné aux pays en voie de développement, tout laisse à penser qu’au bout du compte ce n’est peut-être que par un souci du politiquement correct que le Secrétariat à l’outre-mer est encore rattaché au Ministère de l’Intérieur plutôt qu’au Quai d’Orsay. Mais pour combien de temps encore ? Oui je sais, ça c’est déjà un autre sujet….Revenons à nos moutons. Donc, nos chers dirigeants nationaux ont fait mettre à la tête de notre société immobilière locale des financiers.

C’est-à-dire desspécialistes aguerris aux techniques de l’accroissement des profits mais qui n’ont aucune vision d’aménageur et de constructeur, qui plus est en Guadeloupe. Pas étonnant avec cela qu’ils adoptent une approche toujours économique des projets.

Et il est difficile de ne pas penser dans ce cas que l’Etat se fout un peu, beaucoup, à la folie, passionnément du développement de la Guadeloupe.

La preuve en est donnée en 2007 où l’on comprend que si l’Etat souhaite faire rentrer des Euros dans ses caisses, il n’est pas prêt à le faire à n’importe quel prix. Il décide de vendre les parts qu’il possède dans l’ensemble des sociétés immobilières des DOM et TOM (le réseau SIDOM). A l’annonce de cette nouvelle, le Conseil Général de la Guadeloupe se porte acquéreur des parts de la SIG avec la volonté de devenir un opérateur plus actif du développement du territoire. Mais n’étant pas en capacité d’acheter toutes les parts de l’Etat d’un seul tenant, il prévoit d’acheter une partie dans un premier temps et compte sur l’AFD pour acquérir le reste des parts et le lui céder ensuite petit à petit. Qu’il a été naïf de croire que l’AFD aurait volé à son secours ! Et il s’est mis le doigt dans l’œil, jusqu’au coude. L’AFD devant ce trop grand esprit d’initiative d’une collectivité locale annonce alors dédaigneusement qu’elle souhaite acheter l’ensemble du réseau SIDOM. Ainsi elle veut se porter acquéreur de toutes les sociétés immobilières des DOM TOM sans exception.

Du coup, l’Etat, plus à l’écoute de son partenaire financier glouton et égoïste que des collectivités locales directement concernées par le devenir des sociétés immobilières, décide de geler la cession de la SIG et de ses cousines des DOMTOM. Comment ne pas voir dans cette démarche un signe de défiance vis-à-vis de nos élus locaux ?! Finalement pour l’Etat qui dans ce cas à tendance à s’exprimer à travers l’AFD, il est impensable de vendre ses parts à nos Collectivités locales, question d’éthique étatique : on sait bien que l’on ne peut pas faire confiance aux domiens pour s’assumer !

Et pour conforter cet adage nos élus qui représentent nos collectivités au Conseil d’Administration (Conseil Général, 29 communes de la Guadeloupe représentées par l’association des maires) ont pendant trop longtemps adopté avec joie l’attitude que la SIG attendait d’eux. Se vautrant dans un titre sans en assumer les responsabilités ils permettaient ainsi aux dirigeants de la société de mener sans êtres inquiétés la politique volontariste de non-développement prônée par l’Etat. Enfin, un vent de changement se fait sentir depuis les élections municipales et cantonales de mars 2008 qui ont entraîné un renouvellement du Conseil d’Administration. Maintenant les élus préparent ces conseils mais cela n’a pas toujours été le cas. Avant, la plupart du temps ils ne daignaient même pas y assister et quand ils le faisaient, ils partaient bien souvent avant la fin et n’étaient donc pas présents quand passaient les petits additifs louches non prévus à l’ordre du jour (voir article Epilogue SIG/CHU). C’est fort dommage de constater que ceux pour qui nous votons ne remplissaient pas leur fonction correctement même si, à leur décharge, ces Conseils d’Administration n’étaient finalement que des chambres d’enregistrement de décisions prises en réunion préalable entre directeurs de la SIG et représentants de l’Etat.

Nos élus ont oublié qu’ils ont à leur disposition des moyens de pression : ils peuvent refuser d’accorder le permis de construire, peuvent également refuser de garantir les emprunts que la SIG est amenée à faire pour mener à bien ces opérations. Emprunts qui sont en général garantis par les collectivités locales sans que ces dernières ne posent la moindre question. Et puis, ils ont également un droit de préemption qui leur permet, sur le territoire qu’ils administrent, d’annuler une vente de terrain qui leur paraît aller à l’encontre de l’intérêt public.

Depuis longtemps ils pouvaient faire tout cela mais ne l’ont pas fait. De même qu’ils étaient et sont encore en droit de s’indigner du maintien en exercice du Président actuel Faidherbe Bourgeois, choisi par l’AFD et qui depuis 3 ans déjà a dépassé la limite d’âge réglementaire. En effet, la SIG a un statut de société anonyme qui limite l’âge de son Président à 65 ans. Pourtant, que M. Bourgeois soit encore Président ne semble gêner ni le Conseil d’Administration, ni les autres organes de contrôle. Et à la SIG, les décisions continuent à être prises unilatéralement puisque « ki aksyonè à l’éta, ki direktè jénéral, finalman sé mèm biten mèm baggay’ ». Ils parlent d’une même voix et ne veulent surtout pas en écouter d’autres notamment celles du personnel de la SIG.

Personnel constitué d’hommes et des femmes qui ont aujourd’hui du mal à se retrouver dans les choix stratégiques de leur direction. Parmi ces choix non approuvés se trouvent celui de concentrer l’essentiel des moyens humains et financiers de la société sur les rénovations urbaines au détriment des autres opérations et en oubliant, au passage, que le métier principal de la SIG est la construction immobilière et non l’aménagement. Le personnel se sent également mal à l’aise devant le nombre croissant de marchés attribués à des cabinets métropolitains. Il s’interroge sur le fait que, pour le financement des grosses opérations, la SIG fasse appel, depuis quelque temps, de manière quasi systématique, à un organisme financier, la Financière Duval, basé à quelques 8 000 kilomètres de là. Mais toutes ces préoccupations restent à l’état de grondements sourds. Quand des voix se font plus fortes que le niveau de décibels autorisé, quand la fronde approche, la direction s’empresse de mater le mouvement à coup de primes exceptionnelles. Et hop, voilà les employés rapidement anesthésiés.

Pendant ce temps, la direction et son cavalier, l’Etat, poursuivent leur danse. Ils dansent, dansent, dansent au bal masqué. Ils ne peuvent pas s’arrêter.

A moins que…….


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