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Carnet de voyage d'une guadeloupéenne au Japon !

Ça y est, je suis au Japon ! Telles furent mes premières pensées en débarquant à l’aéroport de Narita près de Tokyo. Je sentais l’excitation grandir en moi à la perspective de ces 15 jours d’exploration de ce pays du bout du monde. J’avais hâte de partir à la conquête de Tokyo, de Kyoto l’ancienne capitale impériale et capitale culturelle du Japon, d’ Hiroshima et de Nikko.

Je voulais de l’aventure. À Tokyo, mégapole de 12 millions d’habitants, je pensais que j’aurais été prise dans un rythme trépidant qui trancherait radicalement avec la tranquillité d’une région montagneuse comme Nikko. Très vite j’ai compris que j’étais dans l’erreur et que même si certains quartiers de Tokyo ressemblent à la ville du XXIIe siècle, même si à la gare de Shinjuku transitent chaque jour près d’un million de personnes, l’aventure n’était pourtant pas dans ces contrastes. De la ville à la montagne le Japon m’a finalement semblé être un pays très homogène. Et la vraie aventure a été de constater le bouleversement que ce pays provoquait en moi. Je débarquais dans un monde inconnu qui avait la capacité de brouiller tous les codes et tous les repères du voyageur venu de loin et qui plus est de la Caraïbe. J’étais à l’Est. Le japon m’a plongé dans un univers où je me sentais sans défense et paradoxalement apaisée.

Bien plus qu’avec quelques verres de saké, j’ai été enivrée par la langue, la cuisine, la culture, le rapport à l’autre, cet inconditionnel sens du devoir que le japonais cultive, ce perfectionnisme insatiable qui dicte chaque étape de sa vie. J’ai aussi ressenti l’importance donnée à l’ordre, à la hiérarchie, au Temps, au Silence. Moi, issue d’un peuple de l’urgence et de l’immédiat qui s’est construit dans le giron de lendemains incertains, j’ai tenté, au cours de ce voyage d’ajuster ma notion du temps à la leur afin de mieux comprendre le pays.

Le silence ou plutôt la quiétude s’est imposée d’elle-même et m’a fait devenir le temps d’un voyage actrice du théâtre Nô car au Japon, cette quiétude est vénérée et on la retrouve dans le métro ultra-moderne de Tokyo où les portables doivent être mis sous silencieux, dans les rues grouillantes où les voitures ont été conçues pour faire le minimum de bruit possible ou encore dans les gestes minutieux des travailleurs. La quiétude atteint son paroxysme dans les magnifiques temples bouddhistes et shintoïstes qui marquent de leurs empreintes spirituelles les paysages urbains les plus modernes.

Mais, quand ce calme devient angoissant, quand le poids de la hiérarchie se fait trop lourd, quand la perfection prend à la gorge alors les japonais tentent de s’évader sous les néons criards des pachinko, de grandes salles abritant d’immenses flippers ultra bruyants. Ils chantent à tue-tête dans les karaoké aidés par le saké. Et quand ils le peuvent encore, ils profitent au maximum, de cette tranche de vie calée entre le lycée et les années étudiantes pendant laquelle il leur est permis toutes les extravagances vestimentaires même les plus extrêmes . Ensuite ils auront à faire leur entrée « officielle » dans la « vraie vie ».

Une vie dévouée à l’entreprise où, comme m’explique mon amie Aya, la femme a encore bien souvent une place subalterne. C’est ainsi qu’ aujourd’hui encore, même bardée de diplômes, dès qu’elle a des enfants (en général un ou deux maximum), sous les encouragements de son mari et de la famille elle prend un temps partiel ou arrête tout bonnement de travailler. Elle s’occupe alors de son foyer qui, en raison des prix exorbitants des loyers se retrouve souvent enfermé dans un habitat minuscule. Mais au pays de la perfection chaque mètre carré d’un appartement a son utilité et l’agencement zen donne un sens à toute chose.

J’ai compris que le Japon était à la fois un pays ultra-moderne et en même temps ultra-traditionnel sans pour autant que cela ne relève de la schizophrénie. Modernité et tradition ont fait corps. Pour un étranger c’est un concept qu’il est difficile de saisir. Tout comme il est difficile de comprendre que, là-bas, la perfection se révèle également dans la manière d’orchestrer sa mort. Dans un pays qui enregistre un des plus forts taux de suicide au monde, la mort volontaire est geste de bravoure et d’ honneur hérité des Samouraïs. À quoi bon vivre, quand on a perdu son honneur, quand sa dignité a été bafouée ?

On peut comprendre que la nouvelle génération ait du mal à accepter toutes les composantes de cet héritage ancestral. Ce pays vous surprendra jusqu’au bout. Et je vous invite, cher ami du Mika, à aller un jour voir de vous-même. N’ayez crainte, je vous assure que vous serez reçu comme un prince parce que même si ce peuple s’est volontairement coupé pendant plusieurs siècles du reste du monde, il possède un sens inouï de l’hospitalité qui tend (bien évidemment) vers la perfection. Je vous garantis un séjour riche en émotions, en fous rire, en questionnements, en incompréhensions, en sérénité et en magie !


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