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Haut les prix, ceci est un hold-up !

Carrefour...... Label de la bête !!!!

Carrefour Destrellan est la plus importante grande surface du département avec un Chiffre d’Affaires de près de 120 millions d’Euros en 2007 réalisé sur une surface de vente de 6241 m2. Ce monstre constitue par conséquent un exemple cohérent dans l’analyse du comportement de la grande distribution dans la société guadeloupéenne et de son impact sur les agents qui composent cette société : consommateurs, commerces de proximité ou spécialisés, producteurs et autres fournisseurs. Nous chaussons donc notre plus belle paire de mikas jaunes et noires de pisteur pour analyser le tableau de chasse de la bête (un rapport d’expert comptable de 2007) et mettre à jour ses obscures techniques de chasse à l’Euro.

La baisse des prix de vente....

Au niveau national, la baisse du pouvoir d’achat des ménages et le développement massif du hard discount contraignent les grandes enseignes de grandes et moyennes surfaces à revoir leurs prix de vente pour maintenir ou développer leur présence . Notre champion local estampillé Hayot, après un jeûne de 84 jours (de grève) en 2005 qui a occasionné une baisse des ventes de plus de 26 millions d’euros (M€), a plus que jamais l’estomac dans les talons.

Par conséquent, dans un effort « qualifié d’agressif dans les rapports de gestion » (selon l’expert comptable du Comité d’Entreprise) sur les prix allant jusqu’à 23% de baisse moyenne pour le textile, Carrefour est dès 2006 clairement dans une stratégie d’éviction de la concurrence par la baisse des prix de ventes. Ainsi alors qu’en 2006 les quantités vendues augmentaient de 37% pour atteindre un niveau proche de celui d’avant la grève, le chiffre d’affaires augmentait seulement de 30%.

Variations annuelles des prix unitires moyens par types de produits

2007 2006
Produits Grande Consommation +0,97% -3,38%
Produits frais +1,83% -1,70%
Bazar Léger -3,95% -19,86%
Textile +8,20% -23,25%
Zone marché +3,53% -0,44%

Cette stratégie a porté ses fruits puisqu’en dépit de la baisse des prix unitaires, les ventes sont, dès 2007, en valeur supérieures à leur niveau d’avant la grève. L’augmentation des volumes qui en a résulté a donc plus que compensé l’effet de la baisse des prix sur la valeur des ventes. En clair, Carrefour a de cette manière gagné des parts de marché sans perte de CA....mais en maintenant la marge !

En 2006, la marge commerciale affichée est en recul de 4.5 M€ par rapport à 2004 passant de 24.5% à 20.6 % du montant des ventes. Cependant cette perte de marge née de la baisse des prix est en grande partie compensée par la hausse du chiffre d’affaires « services » (de 3.7 M€ en 2004 à 5.9 M€ en 2007) et c’est là que réside l’astuce.

Ces services facturés aux fournisseurs se décomposent en « accords de coopération » et « participations publicitaires et têtes de gondoles ». Directement liés à l’acte d’achat-vente, ils correspondent en fait à des avantages différés qu’il faut considérer comme des baisses des prix consenties par les fournisseurs de Carrefour dans la mesure où elles sont identifiées comme des « marges arrières » par l’expert comptable. En simplifiant, si je suis un fournisseur de Carrefour, la relation se déroule ainsi : je vends à Carrefour un produit 100 € à condition que je lui achète un service pour 10 €. Au final, la vente de mon produit à Carrefour ne me rapporte que 90 € et l’achat ne coûte à Carrefour que 90€.

La marge corrigée de ces remises fournisseurs habilement camouflées, après un léger recul en 2005, a presque retrouvé son niveau de 2004 pour dépasser 27% du montant des ventes en 2007.

En bref, carrefour souhaite évincer les commerçants guadeloupéens par une guerre des prix et le coût de cette éviction est dans les faits supporté par les producteurs et négociants guadeloupéens. L’expert comptable énonce cette stratégie en page 10 de son rapport : « cette augmentation [des services facturés] permet[...] de rattraper la baisse du taux de marge »

Si Carrefour dispose d’un poids de négociation suffisant pour forcer ses fournisseurs à une telle génuflexion, pourquoi l’occulter en usant de stratagèmes comptables ?

Car par ce biais, Carrefour Destrellan fait figure de bon élève dans la lutte contre la baisse du pouvoir d’achat, affichant une baisse des prix effective dans le caddie de ses clients et une baisse de sa marge « citoyenne », bénéfique en terme d’image alors même qu’il fait supporter l’impact de sa stratégie agressive à ses fournisseurs.

Un système illégal ?

Cependant ce système très controversé, souvent assimilé à un racket, organisé par la grande distribution auprès de ses fournisseurs, a des limites légales. Les budgets publicité, communication et promotion de Carrefour Destrellan n’enregistrent pas de hausse significative entre 2004 et 2007 pour justifier le bond de ces facturations, au contraire ils passent de 2.6% à 2.5% des achats consommés. Il y a donc facturation de services qui n’ont pas de coût pour Carrefour. Les accords de coopérations et autres participations semblent donc être à sens unique et ne donner droit à aucune contrepartie pour les fournisseurs, pourtant forcés de s’en acquitter pour être référencés. Le service qu’en tant que fournisseur (fictif) je paie 10€ serait il (lui aussi) fictif ?

En métropole, Le groupe Carrefour a fait l’objet de plusieurs plaintes de la part de producteurs et d’au moins une condamnation au titre de ces accords de coopérations et de participations à la communication n’offrant pas de contrepartie autre que les services normalement rendus par les distributeurs.

“Dans un arrêt en date du 18 mars 2008 la cour d’appel de Caen vient de condamner la société Interdis (centrale d’achat du groupe Carrefour) à payer 1 million d’euros de dommages et intérêts à la Fédération Nationale des Producteurs de Légumes, en réparation du préjudice subi par des producteurs auxquels le groupe Carrefour a imposé en 2000 et 2001 des contrats types de prestations de services irréguliers.

La décision de la cour d’appel de Caen vient sanctionner la pratique des marges arrière (ou « coopérations commerciales ») imposant aux producteurs de payer des prestations aux centrales d’achats sans qu’un service réel ne soit rendu.” (communiqué de presse FNPL). Mais que fait la marée-chaussée ?


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