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Chlordécone, ma molécule chérie, donne-moi de tes nouvelles

Chlordécone..Chlory, ma dulcinée ! Toi que j’’ai dans la peau... les graisses, les gonades, le sang... Toi, objet de tous les cauchemars, les critiques, les études, les ouvrages. Pour moi, tu es priorité, actualité. Je ne te vois pas, j’en ai le cœur gros mais heureusement quelques nouvelles éparses me parviennent.

Récemment, le XX novembre, le France-Antilles a brisé ce lourd silence qui t’enrobe en titrant un de ses articles « Chlordécone : trois élevages de OUASSOUS CONTAMINES ». J’ai cru m’évanouir, ils informaient en essayant de faire peur aux autres. Mais moi, je sais que tu as toujours été là, en bonne quantité, dans les « kribich » comme dans mon cœur.

L’Europe a exaucé mes vœux en baissant la limite réglementaire en 2007. Je suis un peu jaloux, je suis persuadé que des Européens te chérissent autant que moi. Sinon pourquoi auraient-ils demandé une telle baisse : diminuer de 10 fois ta teneur dans les crevettes ! Je ne comptais plus sur les autorités françaises, elles disaient : « l’ancienne réglementation a toujours garanti la protection du Guadeloupéen étant donné que les valeurs limites maximales ne sont jamais atteintes » Mais je n’en ai cure et d’ailleurs je sais que tu es là, dans ces crevettes d’élevage comme dans celles des eaux que tu inondes de ta présence : dans la rivière aux herbes, la rivière Grande anse et la Grande rivière de Capesterre.

L’eau qui coule dans leur robinet est passée sur filtres à charbon actif mais l’eau qui alimente les bassins d’élevage de ces endroits ne l’est pas.

Et d’ailleurs, j’ai trouvé des preuves : le rapport Kermarrec de 1980 appuyé par une étude de 2003 du laboratoire de biologie marine de l’UAG. Ils mentionnent bien une accumulation d’organochloré dans les crevettes en embouchures de rivière, dans la baie du Grand cul-de-sac marin.

Il se peut que ces résultats aient conduit le préfet à interdire la pêche et la commercialisation du produit des pêches des rivières situées sur les communes de Capesterre-belle-eau, Trois rivières, Vieux-Fort, Basse-Terre, Saint-Claude, Gourbeyre, Baillif et Vieux-habitants. Mais combien de personnes respectent ce qui est écrit sur ce papier ? Certainement pas moi. Sûrement pas ceux qui comme moi pensent qu’ils fatiguent le monde avec leur interdiction. Pas de pêche, pas de chasse… Tu ne pourrais pas les faire disparaître tous ces gens qui veulent m’empêcher de jouir de toi, des mes rivières, de mes terres ? Ah !! Et ils ne savent pas combien sont juteuses, savoureuses, goûteuses nos « kribich » ; rien à voir avec ces Macrobrachium d’élevage du monde entier. Je ne veux même pas en entendre parler, qui sait ce qu’elles cachent en elles. Moi, je veux te rester fidèle, à toi Chlory !!

De toutes façons, le préfet et ses amis doivent se tenir à carreau sinon la chevrette et ses éleveurs vont en pâtir. Cette petite bête est la principale espèce aquacole élevée en Guadeloupe. Elle représente 75% du tonnage et 90% du chiffre d’affaires généré par l’aquaculture. C’est une filière d’avenir face à nos habitudes alimentaires. La consommation de « produits de la mer » est évaluée à 16 000T/ an, environ 35 kg/hab, dont 6000T sont importées au prix de 22.4M€.

Alors tu as de l’avenir aussi ! Je dirais même plus, tu es parmi nous pour des siècles et des siècles. Tu le sais sûrement, il y a un plan pour toi : « le plan chlordécone 2008-2010 ».

Ils prévoient de réaliser 170 analyses des produits de la pêche et de l’aquaculture en 2008. Ils ont prévu de l’argent du FEP (fonds européen pour la pêche) pour déterminer des moyens de maintenir les élevages sur sites (cinétique des sources de pollution, possibilités de traitement de l’eau...) et des soutiens à l’investissement, en cas de changement de sites, ou à la reconversion. Ils vont essayer de te maîtriser, de faire semblant de te persécuter.

Ils vont te chercher, te rechercher pour mon plus grand bonheur d’entendre parler de toi et, j’espère, de tes effets sur moi. Tu sais, la puce, je pêche et je cultive aussi, comme les autres. Je ne vais pas acheter tout ce que je mange au supermarché quand même ! Je n’ai pas assez de sous pour cela. Alors j’espère que les responsables du programme JAFA (jardin familiaux) vont venir me voir. Je pourrais enfin partager ma passion pour toi avec d’autres.

Ce programme vise la réduction de l’exposition au chlordécone liée à la consommation de légumes-racines provenant de jardins familiaux. Un million d’euros sera consacré à cette action. Un million d’euros sur les 33M€ du plan. Est-ce suffisant pour qu’il soit enfin possible de créer un espace d’adoration et de partage consacré à notre symbiose ? En cette fin d’année 2008, j’attendais tellement les résultats des recherches Karuprostate ! J’ai aussi espéré que la DSDS soit conciliante, qu’elle comprenne que j’ai besoin qu’elle m’en dise plus. J’ai besoin que ces petits 103 500€ qui lui sont alloués dans ce plan se métamorphosent en cette compagne de communication.

J’attendais, j’ai attendu, j’attends et j’attendrai encore. En tous les cas, en cette fin d’année 2008, Nwel ja la ! Les « ziyanm blan » qui accompagnent ma viande de cochon roussie succéderont aux « kakadò » de l’entrée et je penserai à toi, Chlory. Toi, ma petite molécule culturellement intégrée.


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