
3 septembre 1791 : la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 acquiert valeur constitutionnelle. Elle indique dans l’art 1 que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » et précise dans l’article 2 que « la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression » sont des « droits naturels et imprescriptibles ». La loi du 28 mars 1792 accorde définitivement à tous les libres de couleur l’égalité civile et politique avec les citoyens blancs. La loi du 4 février 1794, votée par la Convention (décret du 16 pluviôse an II), abolit l’esclavage dans les colonies françaises.
Juin 1794 : Victor Hugues proclame l’abolition en Guadeloupe après avoir repris l’île aux anglais avec l’aide massive des noirs et de blancs républicains. La Martinique restée anglaise ne connaîtra pas cette première abolition à la différence de Saint Domingue et de la Guyane.
9-10 novembre 1799 : coup d’état des 18-19 brumaire an VIII. Fin du régime du Directoire.
19 avril 1801 : le contre-amiral Lacrosse est nommé capitaine général et il arrive à la Guadeloupe le 29 Mai.
Octobre-novembre 1801 : suite à une rébellion conduite par des blancs, des officiers de couleurs et des noirs contre le comportement tyrannique de Lacrosse, ce dernier est arrêté par le martiniquais Pélage, chef de brigade des troupes de la Guadeloupe (menacé d’arrestation par Lacrosse, avec Ignace), qui l’expulse de l’île, en prend le gouvernement provisoire, proclamé le 22 novembre, après avoir fait rédiger, puis adresser le 2 novembre au gouvernement consulaire un Précis des évènements qui ont donné lieu au renvoi du capitaine général... pour justifier le comportement des révoltés.
22 novembre 1801 : Bonaparte, Premier Consul, déclare notamment que « la souveraineté de la République » a été outragée en Guadeloupe, où ont régné « l’anarchie » et « le despotisme » sous l’administration directoriale, ainsi que « l’esprit de faction », y compris sous la nouvelle administration consulaire qu’il vient de créer. Mais il affirme également que « à Saint Domingue et à la Guadeloupe, il n’est plus d’esclaves ; tout y est libre, tout y restera libre. La sagesse et le temps y ramèneront l’ordre et y rétabliront la culture et les travaux ».
Janvier 1802 : sur rapport de Lacrosse, le ministre de la marine et des colonies, le contre-amiral Decrès, invite le 1er consul à envoyer un corps expéditionnaire dans l’île pour « réprimer la rébellion » et demande ouvertement le rétablissement de l’esclavage (notamment par ces mots : « la liberté est un aliment pour lequel l’estomac des nègres n’est pas préparé »). Mais il subordonne tout cela au résultat des négociations du futur traité d’Amiens.
25 mars 1802 : le traité d’Amiens est signé entre la France et la couronne britannique (ainsi qu’avec la Hollande et l’Espagne, qui lui restitue les colonies de la Martinique, Sainte-Lucie et Tobago.
1er avril 1802 : un corps expéditionnaire de 3400 hommes commandés par le général en chef Richepance quitte Brest pour la Guadeloupe, avec pour instructions secrètes d’y rétablir l’esclavage et la ségrégation raciale (cad la situation juridique antérieure à 1792)
27 avril 1802 : un arrêté des consuls du 7 Floréal an X, dispose dans son article 2 que « tous les noirs qui ont défendu nos colonies contre les ennemis de la République et qui ont rendu des services à l’Etat sont définitivement considérés comme libres » et dans son article 3 que « tous les règlements du Gouvernement discutés en Conseil d’Etat auront, pour les colonies, force de loi, et ce pendant cinq ans ».
Le 6 mai 1802, le corps expéditionnaire de Richepance débarque sur la Grande-Terre. Les troupes de couleur sont immédiatement désarmées. Pélage se soumet mais Ignace et Massoteau se rebellent. Le 8 mai, Ignace (devenu chef de bataillon) et ses hommes rejoignent Louis Delgrès, colonel d’infanterie et chef de bataillon d’origine martiniquaise arrivé en Guadeloupe en décembre 1799, chef militaire de l’arrondissement de Basse-Terre depuis janvier, qui avait pourtant soutenu jusqu’au bout Lacrosse contre Pélage, mais décide de résister lui aussi.
Le 7 mai, le général Richepance publie à pointe-à-Pitre une « Proclamation solennelle aux habitants de la Guadeloupe », dans laquelle il s’efforce de légitimer le gouvernement consulaire qui l’envoie et réclame une « entière soumission » à ce « pouvoir légitime », menaçant de « la vengeance nationale » et de « la mort et de la honte » ceux qui y résisteraient.
Le 10 mai, Delgrès qui refuse de se soumettre à Richepance, fait tirer sur les navires français qui approchent de la Basse-Terre, et publie à Basse-Terre sa célèbre proclamation (qui débute par les mots désormais fameux : « A l’univers entier, le dernier cri de l’innocence et du désespoir »), et affirme à ses compagnons : « mes amis on en veut à notre liberté, sachons la défendre en gens de coeur, et préférons la mort à l’esclavage ». Le même jour commencent les derniers combats sur la Basse-Terre entre les troupes de Richepance (conduites par le général Gobert et qui débarquent à Baillif, alors que le général Merlen arrive de la Grande-Terre avec 800 hommes) et celles des insurgés.
Le 15 Mai, Delgrès adresse une lettre au commissaire du gouvernement Bernier, à Basse-Terre, protestant de sa fidélité au gouvernement consulaire, qu’il semble exonérer de toute velléité de rétablissement de l’esclavage, et rejetant la responsabilité de l’injustice actuellement perpétrée dans la colonie sur Lacrosse et Richepance (sans les nommer). Voici quelques extraits : « Je vais vous parler par l’organe d’un vrai républicain, qui préfère mille fois la mort à l’esclavage[...]. Nous ne levons point [contre la France] une main téméraire : mais elle nous oblige aujourd’hui à méconnaître ses droits, ou plutôt ses interprètes [qui], avec peu de respect, oublient ses nobles principes en agissant arbitrairement »
20 Mai : la loi du 30 Floréal an X dispose dans son art. 1 que « dans les colonies restituées à la France en exécution du traité d’Amiens, du 6 germinal an X, l’esclavage sera maintenu conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789 ». dans son art. 4 que « Nonobstant toutes les lois antérieures, le régime des colonies est soumis, pendant 10 ans, aux règlements qui seront faits par le Premier Consul ». Le message des consuls qui accompagne le projet de loi présenté par le gouvernement indique que les colonies ont souffert des « illusions de la liberté et de l’égalité[...] propagées vers ces contrées lointaines, où la différence remarquable entre l’homme civilisé et celui qui ne l’est point, la différence des climats, des couleurs, des habitudes, et principalement la sûreté des familles européennes exigeaient impérieusement de grandes différences dans l’état civil et politique des personnes ». Le message stigmatise « le funeste résultat » des « innovations » de ceux qui, certes inspirés par « l’intention honorable de servir la cause de l’humanité », n’ont néanmoins abouti en « cherchant à rendre tous les hommes des colonies égaux en droits[...] qu’à les rendre également malheureux » ; et finalement demande, d’une part à ce que le régime actuel des colonies rendues par le traité d’Amiens soit conservé, et d’autre part affirme que « dans les colonies où les lois révolutionnaires ont été mises en exécution, il faut se hâter de substituer aux séduisantes théories un système réparateur dont les combinaisons se lient aux circonstances, varient avec elles et soient confiées à la sagesse du gouvernement ».
Le 22 mai 1802, Ignace, Delgrès et leurs hommes sortent du fort Saint-Charles. Ignace retourne sur la Grande-Terre. Delgrès se réfugie sur les hauteurs de Saint-Claude.
Le 26 mai, défaite et mort d’Ignace et ses hommes à Baimbridge
Le 28 mai : encerclé, Delgrès se fait sauter avec 500 personnes (selon le général Ménard, 300 selon les autres témoins) environ dans l’habitation d’Anglemont (Saint-Claude-Matouba). Dans son rapport au ministre Decrès, le chef d’état major Ménard précise que les compagnons de Delgrès ont volontairement accepté son projet, « avec un féroce enthousiasme », se tenant par la main, s’encourageant aux cris de Point d’esclavage ! Vive la mort !, mais que les blancs prisonniers ont été préalablement libérés par eux (bien qu’ayant été pour beaucoup touchés par les éclats de l’explosion). Le même jour une proclamation de Capitaine-général Richepance et du préfet colonial Lesclallier annonce que les derniers foyers de résistance des rebelles qui ont désobéi à « l’autorité légitime » ont succombé et se veut toujours rassurant envers « les cultivateurs noirs », même rebelles, protestant contre les « fausses insinuations et mensonges perfides » [selon lesquels le gouvernement colonial prépare le rétablissement de l’esclavage], et les invitant à rentrer sur leurs habitations et à reprendre leurs « occupations respectives », sous l’égide d’un « gouvernement paternel et conservateur ». Elle promet à « ceux qui se sont montrés attachés à l’ordre social et au gouvernement légitime » une récompense suivant leur mérite.
2 juin 1802 : un arrêté de Richepance du 13 prairial an X fixe les châtiments à infliger aux « rebelles » par la commission militaire que présidera le général Gobert : ceux convaincus de vol ou arrêtés les armes à la main seront condamnés aux galères à perpétuité ; les chefs de la rébellion, les incendiaires et les assassins seront condamnés à mort.
5 juin 1802 : un arrêté de Richepance du 16 prairial an X entame le rétablissement de l’esclavage, notamment en permettant aux propriétaires de venir réclamer que leurs soient « rendus » les nègres cultivateurs qui ont quitté les ateliers depuis l’arrivée du corps expéditionnaire et qui n’ont pas pris fait et cause pour les « rebelles ».
28 Juin 1802 : Pélage, bien que soumis à Richepance, est déporté à Brest avec 43 autres hommes.
16 juillet 1802 : Un arrêté consulaire du 27 messidor an X rétablit l’esclavage (sans le nommer) à la Guadeloupe disposant que cette colonie sera dorénavant régie « par les mêmes lois qui y étaient en vigueur en 1789 ».Cet arrêté ne sera toutefois promulgué à la Guadeloupe qu’après l’arrivée du nouveau Capitaine-général, Ernouf, le 14 mai 1803.
17 juillet 1802 : un arrêté du général Richepance du 28 messidor an X poursuit le rétablissement de l’esclavage dans la colonie (toujours sans le nommer), de même que la ségrégation entre libres de couleur et blancs, en réservant à ces derniers seulement le titre de citoyen (art. 1er)
Le 3 septembre 1802 : décès de Richepance, enterré au fort Saint-Charles. Son corps expéditionnaire a été laminé par la maladie et les combats : à peine plus de 400 hommes sur les 3400 restent valides.
9 septembre 1802 : Alors que les noirs et hommes de couleur ayant été membres des forces armées en Guadeloupe sous la Révolution sont déportés (5 à 6000 hommes) y-compris ceux n’ayant pris aucune part à la « rébellion »
, un arrêté du préfet Lescallier concernant les « personnes de couleur » distingue entre les libres d’avant 1789, qui devront produire leurs titres de liberté aux nouvelles autorités administratives et les affranchis d’après 1789, qui devront faire de même mais sans aucune garantie que ces autorités valident leurs titres et sous réserve du paiement d’une taxe élevée (de 1200 francs, une somme énorme pour l’époque), susceptible d’être modulée en fonction des services rendus à l’Etat. Et tout ceci dans un délai de trois mois sous peine de retour en esclavage, et de vente au profit de l’Etat. Le préfet Lescallier poursuivit l’exécution de sa mesure avec ténacité et rigueur.
16 Mai 1803 : six jours après son arrivée, le capitaine général Ernouf qui remplace Lacrosse, publie l’arrêté consulaire du 16 Juillet 1802, précédé d’une proclamation justificative très édifiante : dans ce texte, il ramène l’abolition de 1794 à une manœuvre des anglais qui auraient corrompu certains Jacobins aux fins de faire voter la libération des esclaves par la Convention, au nom de « fausses idées de philanthropie » développées avec « toute l’astuce du sophiste ». Non seulement cette décision aurait entraîné, selon Ernouf, « la perte de nos colonies », mais l’octroi de cette « prétendue liberté », « à des êtres sans civilisation, sans principes, sans patrie » déboucha sur la licence au lieu de la liberté et sur « la révolte la plus affreuse et la plus sanglante ». C’est la raison pour laquelle le gouvernement consulaire a opté pour le rétablissement de l’ordre colonial d’avant 1789, « d’après la connaissance acquise que l’humanité a toujours guidé les colons de la Guadeloupe et que chaque propriétaire est un père dont la sollicitude s’étend sur tout ce qui l’environne »
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Publié: mercredi 1er octobre 2008.
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- #11 septembre 2008




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