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Comment s'enrichir pour <stroke>pour</stroke> chez les Nuls ?

Ouvrage publié par la direction de la SIG
Chers amis du Mika, au fil des mois, nous nous sommes attachés à vous. Et c’est pour cette raison que nous vous divulguons en avant-première un extrait de ce précis élaboré par la SIG qui vous donne la méthodologie à suivre pour arriver à générer pas moins de 9 millions de bénéfices par an. Oui, oui 9 millions ! Un petit cadeau de Noël qui, on l’espère, vous fera plaisir.

1-Tout d’abord vous adoptez une politique foncière qui cible des terrains situés en milieu rural ou périurbain plutôt qu’en centre-ville. Cela vous coûtera beaucoup moins cher en foncier et nécessitera une logistique technique moindre d’où une réduction du coût de la construction. Alors pourquoi avoir une politique d’aménagement économe et responsable quand on peut s’étaler à loisir ?

2-En évitant au maximum d’être une force de proposition éclairée auprès des élus plongés dans l’obscurantisme vous vous assurez qu’aucune politique de soutien du tissu social ne soit mise en place. Il n’est pas question que l’on entrave votre course aux profits !

3-Surtout vous évitez comme la peste les efforts inutiles comme les actions trop importantes en faveur du développement local. Vous n’avez aucun intérêt à vous doter des moyens humains et matériels en interne pour faire travailler des artisans locaux qui répondraient à vos avis d’appels d’offres en corps d’état séparés. Préférez plutôt faire les yeux doux aux grandes majors nationales qui, au passage, vont opprimer les sous-traitants locaux.

4-Aimez l’aventure et devenez des spéculateurs fonciers en essayant de racheter des terrains comme celui destiné au CHU, soit dans l’espoir de le revendre au prix fort et donc de faire une plus-value, soit dans l’intention de l’utiliser comme moyen d’obtenir de gros marchés. Évidemment vous ferez tout cela en prenant bien soin, en public, d’adopter une posture d’indigné devant la montée de la spéculation foncière qui rend plus difficile votre noble tâche de constructeur de logements sociaux.

5-Et puis, jouez au boss et pinaillez sur tout. Déjà sur les méthodes de construction. Faites comme vos confrères de Guadeloupe et contentez vous de construire en coffrages-tunnels. Un procédé de construction arrêté en France hexagonale depuis… 1976 ! Enfin ! Il n’est pas pensable que les bénéfices puissent servir à repenser le logement social. Les velléités d’antan de vouloir mener une vraie démarche qualité doivent faire place à une approche uniquement économique des projets. Et c’est comme cela que vous pourrez livrer à tour de bras des logements ressemblant de plus en plus à des boîtes d’allumettes. Il faut pinailler également sur les locaux communs et réduire leur surface au maximum. On peut alors s’amuser à créer des procédés de « gwapignè » comme ces cages d’escalier individualisées dont l’entretien incombera aux locataires. Si on peut réduire la cote part de la femme de ménage, pourquoi s’en priver ?

On pinaille enfin sur l’entretien des abords des bâtiments et sur leur maintenance. Et tant pis si les tentatives de résidentialisation des opérations donnent l’impression d’être faites à la vau l’eau dans une totale improvisation. De toute façon les élus n’y verront que du feu. Et voilà comment de petites économies en petites économies on engrange de tels bénéfices.

Que faire avec tout cet argent ? Oh, voyons, je pense que vous n’avez pas besoin d’un guide pour savoir comment l’utiliser. Mais comme nous vous estimons beaucoup, chers amis du Mika, nous ne pouvons pas ne pas partager avec vous la méthode de la direction de la SIG (brevet à déposer absolument) pour ne pas passer pour un parvenu bling bling. Déjà on se la joue bon samaritain en se targuant d’être « sauvè à yo » : vous pensez bien que les guadeloupéens n’auraient jamais pu faire aussi bien. Et puis, il ne faut pas qu’ils se plaignent, grâce à la SIG ils ont la possibilité de sortir de leur insalubrité. Elle leur offre même ces derniers temps des constructions parasismiques. Ka yo vlé ankô ? Pin é poul ?

Une fois cet acte d’humanisme largement communiqué, on peut ensuite saupoudrer les salaires de tous ses employés d’une ribambelle de primes, pour donner l’illusion à la SIG d’en-bas (agent et cadres moyens ) de partager le succès financier de l’entreprise et par là-même, lui faire oublier que son salaire (anormalement bas compte tenu de l’excellente santé financière de la société) sera l’unique base de calcul de sa retraite et autres indemnités (congés maladie, licenciements, chômage...). À cela s’ajoutent des primes individuelles (normalement) au mérite, mais souvent utilisées comme moyen de tuer dans l’œuf toute revendication des salariés.

Pour ceux qui voguent dans les hautes sphères de l’organisation c’est-à-dire la poignée de directeurs, il y a toujours en sus des primes exceptionnelles non identifiables et particulièrement conséquents, ainsi que des avantages en nature, notamment des frais de déplacements plus que généreux. Parce qu’à la SIG, les dirigeants aiment les voyages. De séminaires en congrès en passant par des formations « hors du département » ils partent à la rencontre des peuples du monde dans une soif de connaître leurs pairs de l’étranger et d’échanger avec eux. C’est ça le développement durable ! Et, quand un commissaire aux comptes s’interroge sur les déplacements plus que fréquents des directeurs, on prend soin la fois suivante de présenter les comptes de façon à ce qu’il n’y ait aucune visibilité sur les fameux déplacements. C’est que s’ils aiment aller à la rencontre de ces peuples, les cadres dirigeants, dans leur grande modestie, ne veulent pas que cela se sache.

Voilà donc le procédé magique qui permet à la SIG de faire pâlir de jalousie les plus grandes entreprises locales. Comme cette société a essentiellement vocation à fournir un service public (même si tout nous pousse à l’oublier) nous nous sommes dit que les lecteurs du Mika Déchaîné et les guadeloupéens en général sont en droit de connaître la clé de ce succès financier éblouissant.

À noter que M. Ducourtioux fera une séance de dédicaces de ce précis lors de la crémaillère de la « Maison de la SIG ». Les profits de la vente de cet ouvrage seront reversés en totalité à la SIG. Venez nombreux la soutenir !


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