Quand l’anonyme sort de sa pénombre, pour laisser passer la lumière et nous dévoiler sa réalité, il nous invite à poser un regard sur lui et l’humaniser.
L’immigré clandestin (qui devient de plus en plus l’expulsé) est cet anonyme qui, au mieux nous évoque les chiffres des quotas de la politique d’immigration de notre cher gouvernement, ou au pire sert de défouloir à nos frustrations sous couvert de discours proche du peuple. Nous invitons à le sortir de cet anonymat le temps d’un article, et à le regarder comme un Homme qui a une vie, une famille, une histoire, et des aspirations...
Altagrace est née en Haïti en 1984. Elle arrive en Guadeloupe de manière clandestine en 2003 alors qu’à cette même époque une nouvelle escalade de violence sévit en Haïti (enlèvements, rackets, assassinats).
Peu de temps après, elle rencontre Bénisoit, un haïtien qui est en Guadeloupe depuis 1984. Il dispose d’une carte de résident car il a bénéficié des dispositifs -valables à l’époque- de la régularisation des immigrés présents sur le territoire français depuis 10 ans. Ils ont eu ensemble une petite fille, née fin 2004, qui est reconnue par son papa. Le couple vit ensemble et le papa s’occupe bien de son enfant. L’enfant a un document de circulation.
En Août 2006, la Police aux Frontières (PAF) vient arrêter Altagrace. dans sa maison. La mère et l’enfant sont amenées au centre de rétention.
Le père de l’enfant alerté fait appel à un avocat. Et la mère et la fille sortent du centre de rétention pour être assignées à résidence.
Sur le document intitulé « Assignation à résidence » remis à Altagrace est inscrit la mention « Récépissé de remise de passeport ». Ce document explique que la mère fait l’objet d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Mais il constate cependant que (sur instructions du juges de liberté et de détention) Altagrace a remis son passeport. Il est précisé que la mesure d’éloignement est en instance d’exécution et que Altagrace doit prendre tous les moyens pour quitter le territoire dans un délais maximum de 15 jours en avisant le Centre de Rétention Administratif (CRA) pour la restitution de son passeport avant son départ. Enfin elle est informée qu’elle devra se présenter quotidiennement à la gendarmerie du Lamentin.
Depuis 2006, elle vit avec sa petite fille et son compagnon et elle va pointer tous les jours à la gendarmerie du Lamentin.
La petite fille qui a aujourd’hui 3 ans et demi souffre de troubles du langage, d’une instabilité psychomotrice, a des difficultés à nouer des relations avec les étrangers. Pour éviter une évolution catastrophique de l’état de sa petite fille, Altagrace a été orientée, par les médecins de P.M.I. vers une structure de soins médico-sociale s’occupant de prévention, de dépistage précoces et de soins précoces. Elle s’est déjà rendue à deux rendez-vous et le troisième était prévu le 13 mars 2008.
Le Lundi 10 mars au matin, alors que Altagrace va signer comme tous les jours à la gendarmerie elle est arrêtée. Sa petite fille est restée avec son père. Et sans avoir eu le temps de dire aurevoir à sa fille et à son compagnon, au début de l’après-midi, elle était déjà dans l’avion en partance pour Port au Prince.
Que va devenir sa petite fille ? Pourra t’elle continuer efficacement ses soins alors que sa maman n’est plus là, qu’elle est partie sans billet de retour ?
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Publié: jeudi 1er mai 2008.
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- Rubrique: Mika en Société
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- #07 avril 2008




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