Voir en ligne : http://www.lapetition.be/petition.p...
Mardi 23 Septembre 5h52 du matin, alors que Pointe-à-Pitre s’éveille peu à peu, plusieurs cars de police investissent le quartier de Fond Laugier. Des dizaines de policiers en sortent au pas course, se répartissent en petits groupes pour s’infiltrer furtivement dans les ruelles sinueuses du quartier. Après avoir encerclé quelques maisons préalablement identifiées, ils donnent une première sommation avant de charger brutalement. Puis tout va très vite : portes brisées, empoignades musclées, cris de toutes part… Tout le monde est embarqué : hommes, femmes, enfants. Au total dix personnes sont arrêtées par les policiers dont une petite fille de trois ans. Arrivées au poste de police, elles sont toutes mises en garde à vue (hormis l’enfant, bien sûr) et incarcérées dans la petite cellule de la BMR (Brigade Mobile de Recherche) des Abymes. Il est 6h30. Ces personnes ne sont ni des trafiquants de drogue, ni des meurtriers, ni des braqueurs de banque, ni même des petits voleurs à la tire… Rien de tout cela… Elles sont juste des sans-papiers. On aurait pu croire que les tolés soulevés par l’histoire du petit Jephté expulsé avec son père, le mois dernier, dans une Haïti ravagée, auraient calmé les ardeurs de la préfecture et de ses sbires.
Et bien non… Ils continuent, organisent des rafles, remplissent le Centre de Rétention et occupent allègrement les places laissées vides dans les avions en partance pour Haïti. Ils font leur « boulot » quoi !!!
Mieux, le cynisme bat son plein au sein des services de l’Etat. Savez-vous à quoi doit servir la garde à vue que l’on inflige à ces sans papiers ? A faire avancer une enquête judiciaire et à faire cracher des aveux à des personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes et délits…
Mais là, dans le cadre d’une rafle de sans-papiers de quelle enquête, de quels aveux peut-on arguer pour justifier ce détournement de procédure ? Rien évidemment…
Par contre la garde à vue a bien des avantages quand on veut, vite fait bien fait, expulser quelqu’un. Déjà elle permet de l’isoler. Alors qu’au centre de rétention on peut appeler qui l’on veut, voir un avocat à toute heure, on peut recevoir la visite de militants associatifs en faveur des droits de l’homme pour être soutenu, et conseillé, durant la garde-à-vue on est détenu comme un prisonnier. On est isolé, sans avoir la possibilité de passer des coups de fil, de voir un avocat sauf au cours de la première heure, sans avoir d’autres sons de cloche que ce que dit la police.
Ce régime contraignant facilite les choses quand la garde à vue se termine par un arrêté de reconduite à la frontière, et que le gardé à vue sans-papiers est mis dans un avion incognito, sans que personne ne puisse vérifier si on lui a bien expliqué ses droits, si on lui a bien dit quels étaient ses moyens d’action.
Mais à ce jeu-là ce sont tous les organes de l’Etat qui s’y mettent : la préfecture et les policiers bien sûr, mais aussi les procureurs qui autorisent ces mascarades de garde-à-vue.
Alors qu’en est-il de nos dix sans-papiers embarqués, me direz-vous ? La petite fille de 3 ans a été remise à son père le jour même vers 15h, après 9 heures passées dans les locaux de la police. La mère a été relâchée avec une autorisation de rester sur le territoire français de 15 jours, le temps que sa fille s’habitue à rester seule avec son père qui peut rester chez nous étant en situation régulière. Le droit d’avoir une vie familiale garantie par la Convention européenne des droits de l’homme n’est visiblement pas connue par les services de l’Etat quand il s’agit de familles haïtiennes !!! Les autres, au moment de l’écriture de cet article se débattent dans les méandres des procédures pour échapper au couperet de l’expulsion imminente.
Combien y parviendront ? Combien seront renvoyés en Haïti alors « qu’une large part de la population haïtienne se trouve confrontée à des difficultés majeures pour sa survie, sans abri, sans alimentation et même sans eau potable, sans savoir si les secours parviendront jusqu’à elle. Il n’est pas acceptable que les autorités continuent à expulser des êtres humains vers un pays en situation de catastrophe ».
Il existe une pétition qui exige que la préfecture ait la décence de suspendre ces expulsions : Appel pour un moratoire des expulsions : http://www.lapetition.be/petition.php ?petid=3076 . A défaut de pouvoir faire plus, mobilisons-nous et signons la.
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Publié: samedi 1er novembre 2008.
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- Rubrique: Mika en Société
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- #12 Octobre 2008




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