Quand l’anonyme sort de sa pénombre, pour laisser passer la lumière et nous dévoiler sa réalité, il nous invite à poser un regard sur lui et l’humaniser.
L’immigré clandestin (qui devient de plus en plus l’expulsé) est cet anonyme qui, au mieux nous évoque les chiffres des quotas de la politique d’immigration de notre cher gouvernement, ou au pire sert de défouloir à nos frustrations sous couvert de discours proche du peuple.
Nous invitons à le sortir de cet anonymat le temps d’un article, et à le regarder comme un Homme qui a une vie, une famille, une histoire, et des aspirations...
Edson est arrivé en Guadeloupe dans les années 70. Coupeur de cannes, il a travaillé dur et il est parvenu à avoir sa carte de résident. Mais il a dû laisser femme et enfants en Haïti. Alors avec son titre de séjour, il allait et venait pour voir sa famille de l’autre côté de la mer. Et dans toutes ses pérégrinations, Edson a eu de Delva, son épouse, 6 beaux enfants (vivants).
Alors en 2002, il se dit qu’il est temps de faire venir sa famille auprès de lui, en Guadeloupe. Il fait donc une demande de regroupement familial pour Delva et les deux derniers enfants mineurs. Et alors qu’il remplit toutes les conditions, sa demande reste sans réponse. Il s’en inquiète mais on lui répond qu’il faut faire une enquête sociale et que cela prend du temps.
Or, ce qu’Edson ne sait pas, c’est qu’au bout de deux mois, le silence de la Préfecture vaut refus (tacite), et que ce refus peut être attaqué (mais seulement dans un délai de quelques mois). Il faut avouer qu’Edson n’est pas né avec le détail de la réglementation française en matière d’étrangers dans la tête (et je crois qu’il n’est pas le seul). Bref, comme Edson croit ce qu’on lui dit, il se contente d’attendre sagement que l’enquête sociale se passe. Il attend, il attend, puis il attend encore. Rien.
Mais en 2003 Edson se sent fatigué, à tel point qu’il est obligé de quitter son emploi. Très vite il se sent tellement fatigué qu’il n’arrive plus à se débrouiller tout seul dans les actes de tous les jours. Alors à force d’attendre, il fait venir Delva sans visa.
Malheureusement en Aout 2005, Edson dans son extrême fatigue, fait un infarctus (une fracture du cœur comme il dit). C’est assez grave et il subit même une intervention chirurgicale en Martinique. Pour se remettre de son opération Edson fait une demande à la préfecture d’un titre de séjour pour sa femme au motif que son état de santé nécessite la présence d’une tierce personne. Alors, Delva obtient enfin des papiers. Oh, il ne s’agit que de simples « autorisations provisoires de séjour » de 3 mois, mais elles sont renouvelées plusieurs fois, sans aucune difficultés.
Cependant Edson ressort de son infarctus affaibli à jamais, à tel point qu’il est considéré comme « adulte handicapé ». Et en Avril 2007, fort de sa situation et des papiers que sa femme a obtenu pendant sa convalescence, il refait une demande de regroupement familial.
Et cette fois, la réponse ne se fait pas attendre. On lui refuse le regroupement familial au premier motif qu’il ne remplit pas les conditions de salaire (alors que les « adultes handicapés » ne sont pas soumis à des conditions de revenus). Puis on invoque le fait que « la femme pour laquelle il demande le regroupement familial est déjà en Guadeloupe » et qu’on ne peut regrouper que ceux qui sont à l’étranger (c’est le principe même du regroupement). Or Delva sa femme, avait obtenu de cette même préfecture des papiers provisoires en raison de la maladie d’Edson, cette même préfecture savait que Delva était là et pourquoi elle était là. Elle savait surtout que dans l’esprit d’Edson cette demande de regroupement était une simple régularisation de la situation de sa femme, et qu’elle avait surtout pour but de faire venir les enfants (au moins les plus jeunes)…
Mais il en a été autrement, la Préfecture refuse carrément le regroupement familial pour toute la famille en invitant Edson à « prendre toutes les dispositions nécessaires pour que son épouse regagne son pays d’origine », et en lui assurant « qu’il pourra, dès son retour en Haïti, de nouveau solliciter un regroupement familial ».
Et une mauvaise nouvelle ne venant jamais toute seule, ce refus est accompagné d’une OQTF (obligation de quitter le territoire français) au nom de Delva.
Et ce qui devait arriver arriva, en Janvier 2008 les gendarmes de Petit-Bourg viennent chercher Delva chez elle, pour la conduire au Morne Vergain et l’expulser dans la foulée.
Aux dernières nouvelles, Delva est en Haïti et a retrouvé ses enfants, elle attend avec impatience de pouvoir rejoindre son mari malade pour lui porter assistance, et accompagnée de ses enfants cette fois-ci. Mais Edson n’est pas au bout de ses peines, car l’administration ne veut pas lui redonner un dossier de demande de regroupement familial au motif qu’ on le lui a déjà refusé. Et ce, en dépit des recommandations que la Préfecture avait elle-même inscrite sur sa lettre de refus. Edson, malgré la maladie, a décidé de se battre, mais la bataille est loin d’être gagnée...
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Publié: dimanche 1er juin 2008.
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- Rubrique: Mika en Société
- Mots clés:
- #08 mai 2008
- Sans papiers
- Xénophobie
- Droits de l’homme




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