Pourtant, le rêve est devenu réalité, et en quelques dizaines d’années, nous nous sommes dotés d’un réseau d’eau potable et d’assainissement, à faire pâlir de jalousie quelques grandes métropoles, avec des projets pharaoniques qui ont par exemple décidé de faire boire aux Désiradiens de l’eau provenant des tréfonds de Capesterre-Belle-Eau (alors que sur place il existe plusieurs sources exploitables). C’est vrai que l’argent de l’Europe coulaient à flots à l’époque !!!
Mais, le temps passant, les aides européennes fondant comme neige au soleil (en raison de l’augmentation constante du nombre de pays pour qui elle doit desserrer les cordons de sa bourse), nos responsables politiques brillant par leur incompétence et leur inconséquence dans ce domaine, notre beau réseau s’est transformé en un vrai gruyère.
Savez-vous qu’aujourd’hui seuls 53% de l’eau prélevée arrivent jusqu’à nos robinets ? Et c’est une moyenne !!! Cela signifie que la moitié de l’eau que nous prélevons dans nos chères rivières disparait en chemin avant d’arriver jusque dans nos maisons ! Pour ceux qui rêveraient encore, cette perte n’est pas impactée sur le prix de l’eau !!! Ou pas assez. Oui, oui, d’une manière ou d’une autre c’est nous qui payons ces 50% d’eau qui s’en vont dans la nature !
Mais je dois avouer que cette révélation ahurissante fait naître immédiatement chez moi une foule de questions.
Déjà, pourquoi un tel chiffre ? Hormis les vols d’eau et autres branchements pirates, hormis les comptages mal évalués, la raison quasi principale à ce rendement effrayant s’explique par le fait que les canalisations qui amènent l’eau chez nous fuient… Purement et simplement.
Seconde question : si nos canalisations fuient à ce point, à qui la faute ? On devrait en premier lieu, se tourner déjà vers ceux qui ont pensé et posé ce réseau. La responsabilité est triple ! Premièrement : nos élus porteurs des projets qui pour la plupart n’avaient pas forcement ni les compétences, ni la volonté de mener correctement de tels projets. Secundo : les services déconcentrés de l’Etat (DAF ou DDE) qui faisaient les études, qui donc été à même de proposer ou d’accréditer des hérésies dans la conception des réseaux. Et troisièmement les entreprises qui réalisaient les travaux qui pour une grande majorité d’entre elles n’ont pas hésité à tricher sur la qualité des matériaux utilisés ou sur les précautions nécessaires à prendre.
Et à l’époque on imagine aisément à quel point les services déconcentrés de l’Etat étaient influents !!! C’était le bon vieux temps du génie rural, qui garantissait l’attribution de marchés colossaux aux quelques entreprises spécialisées installées ici, et dont les patrons étaient comme cul et chemise avec les chefs de la DAF et de la DDE. Par exemple la brillante idée de faire passer des canalisations sous la mer pour apporter l’eau à la Désirade et à Marie-Galante, sans essayer de voir comment rendre ces territoires autonomes, c’est à la DAF (avec son sulfureux chef de l’époque Gabriel Mastantuono), qu’on la doit. Et dans le même temps l’encadrement technique que l’on était en droit d’attendre de telles institutions s’est… comment dire ? tout bonnement tropicalisé…. Résultat des courses : on a employé en Guadeloupe, dans de mauvaises conditions de pose, des matériaux carrément inadaptés à nos sols (tels que la fonte grise, l’acier, l’amiante ciment) : matériaux qui cassent, sans prendre en compte que nous sommes en zone sismique… On a une idée du bourbier qui s’est tramé sous nos pieds pendant 40 ans de tremblements de terre, de cyclone, de Soufrière !!!
Mais il ne faut pas oublier que des canalisations, ça s’entretient !!! Et si nos canalisations fuient comme des passoires c’est surtout à cause d’ une mauvaise gestion de leur entretien et de leur renouvellement. Sachez que depuis 40 ans rien ou quasiment rien n’ a été fait pour conserver le bon état de notre réseau.
Déjà il aurait fallu les entretenir, réparer les petites fuites, colmater ce qui ne va pas… Mais à qui donc a t-on donné cette responsabilité ? Eh bien à celui qui exploite le réseau des canalisations, moyennant évidemment finances. Seulement sans aucune mesure de contrôle de ces travaux d’entretien, notre cher exploitant, la toute puissante Générale des Eaux (qui est longtemps restée en situation de quasi monopole étant sur pratiquement toutes les communes sauf quelques-unes de la Basse-Terre), ne s’est pas trop foulé pour réaliser les travaux nécessaires tout en percevant les fonds affectés à cette mission…
Mais aujourd’hui il n’est pas seulement question d’entretenir nos canalisations, la situation est telle qu’il est urgent de les renouveler. Et ça c’est de la responsabilité de nos élus maîtres d’ouvrage (communes, syndicats et communautés de communes). Mais pour renouveler efficacement le réseau, il faudrait déjà disposer d’archives avec des informations claires (telles que le type de matériau, la position, le diamètre, l’implantation, la nature du sol, les dates de casses…), malheureusement ces documents n’ont pas été conservés par les collectivités et aujourd’hui peu de communes en Guadeloupe disposent de ces informations.
Et puis il faudrait débourser des sommes colossales pour effectuer ce renouvellement. En considérant que l’on estime le réseau total de la Guadeloupe à plusieurs milliers de kilomètres (entre 5000 et 10 000 km), à raison d’une bonne moyenne de 100 000 euros le km (en comptant les matériaux, la pose et les autres frais) : ça fait un bon paquet d’argent à investir dans le renouvellement du réseau. Sachant qu’une canalisation a une durée de vie d’à peu près 30 ans, si on renouvelle chaque année 1/30ème du réseau, il faudrait cracher autour 16 à 32 millions d’euros par an !!! Rien que pour la Guadeloupe… Quel maire peut débourser tout cet argent, même si l’Europe met une partie de ces sommes sur la table ? Quel maire peut être suffisamment responsable pour consacrer une partie importante de son budget investissement dans des canalisations qui ne se voient pas et qui ne rapportent pas de voix ?
Au lieu de renforcer et de structurer l’existant, nos élus préfèrent étendre les réseaux pour viabiliser de nouvelles parcelles, rendre service à tel futur électeur ou faire plaisir à tel gros investisseur, voyant le profit immédiat (nouveaux impôts pour la commune), et sans soucier de savoir si les équipements en amont peuvent encaisser de nouveaux usagers.
Il est vrai que ces questions se posent moins quand les communes se mettent ensemble (soit sous forme de syndicat ou sous forme de communauté de communes) : la pression de la réélection est moins forte, et la structure est moins dépendante des ambitions des élus qui la dirigent. Alors le murmure d’un syndicat unique : le SIAEAG, sur tout le territoire de la Guadeloupe, fait écho même s’il fait tout de suite naître d’autres craintes (comme la peur de voir toute la compétence de l’eau réunie entre les mains d’une seule personne).br>
Mais alors quelles perspectives ? La Guadeloupe ne manque pas d’eau, nos rivières et nos sources sont suffisamment pourvues pour alimenter tout le monde, et ce convenablement !!! Contrairement aux idées reçues, notre eau est de bonne qualité, bien meilleure que dans bon nombre de régions de l’hexagone. Les structures compétentes se mettent peu à peu en place avec l’arrivée de l’Office de l’Eau, et les perspectives sont repensées avec le renouvellement du Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SDAGE), les anciens Services Techniques de l’Etat (DAF, DDE) se réorganisent aujourd’hui progressivement autour du cœur de leurs compétences (appui, conseil, soutien aux collectivités).
Pourtant le très mauvais état de nos réseaux d’adduction et de distribution de l’eau potable est comme une plaie gangrénée que l’on refuse de voir. Et qui s’étend, et qui empire, ne pouvant que générer de graves incidents. Et nous, tous autant que nous sommes (élus, responsables, techniciens, mais aussi électeurs et usagers), nous laissons la situation pourrir attendant je ne sais quel déluge…
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Publié: samedi 1er novembre 2008.
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- #12 Octobre 2008




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