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En Birmanie c'est la TOTAL : Assassinats, torture et travail forcé

De récents événements ont rappelé au monde l’existence de ce pays d’Asie du Sud-est, pourtant le plus grand de la région. Fin 2007, des manifestations contre le coût trop élevé de la vie sont lourdement réprimées par la dictature en place. Les journalistes, en mal d’appellations marketing, parlent un peu vite de « révolution safran », en rapport à la présence massive de moines bouddhistes dans les cortèges. Peu d’informations précises filtrent tant le régime est méfiant de tout ce qui vient de l’extérieur.

En 2008, le cyclone Nargis, sa centaine de milliers de morts et son million de déplacés propulsent à nouveau le Myanmar (nom officiel de la Birmanie) sur le devant de la scène. Le monde occidental semble redécouvrir le caractère dictatorial et violent du régime birman qui refuse tout aide extérieur et préfère se concentrer sur l’organisation d’un référendum pour se parer des atours d’une démocratie...

Pourtant, à l’est, rien de nouveau. Depuis le coup d’état de 1988 par lequel les militaires s’installent au pouvoir, les parlementaires français dénoncent régulièrement la répression de l’opposition, les tortures, les persécutions de minorités et le travail forcé en Birmanie. Evidemment, dès qu’Il s’agit d’argent, le plus dur des régimes s’attendrit.

C’est l’histoire d’un gazoduc acheminant du gaz à travers le pays, jusqu’en Thaïlande. Le pétrolier français Total s’associe notamment à une entreprise américaine, Unocal, et au gouvernement birman pour construire et exploiter ce pipeline. Et bien que nul n’ignore les pratiques des militaires, la sécurité et la fourniture d’une partie de la main d’œuvre sont confiées au régime.

En 1996, Unocal est assignée devant la justice américaine par plusieurs victimes du travail forcé ayant participé à la construction du gazoduc ou de ses infrastructures. L’affaire se réglera discrètement par le versement de millions de dollars, alors que la justice jugeait les plaintes tout à fait recevables. Mais c’est Total qui est majoritaire dans ce projet. Et à ce jour, aucun tribunal français ne s’est encore prononcé sur les faits. La seule affaire qui aurait pu aboutir a été endormie en 2005 à coup de millions.

L’entreprise continue de nier toute responsabilité dans les violations des droits de l’homme et déploie tous ses efforts pour communiquer sur les aspects positifs de sa présence en Birmanie.

Pour Total, les efforts des différentes associations pour porter ces affaires devant les tribunaux relèvent de l’instrumentalisation. En 1992, une étude commandée par Unocal était pourtant claire : en Birmanie, « le gouvernement utilise habituellement des travailleurs forcés pour construire les routes ». Le film Total Denial démontre la difficulté du travail des ces associations, dans un pays où recueillir les témoignages nécessite de s’introduire clandestinement et de risquer la torture et la mort. Il montre, surtout, la réaction d’un des actionnaires de Total sur le cas birman : « je m’en fous ! ». Il est vrai que la « réussite » de cette entreprise et son record historique de bénéfices ne s’embarrasse pas de tels états d’âme.

Pourtant Total soigne sa défense médiatique. Le géant a recours à pas moins que Bernard Kouchner. Ce dernier ne rencontre aucune victime mais écrit tout de même un rapport commandé par l’entreprise sur l’action de Total en Birmanie. On pouvait s’y attendre les conclusions sont claires : y’a bon ! Total n’a rien à se reprocher, si ce n’est un défaut de communication. Total y œuvrerait au développement de la population et l’amélioration des conditions de travail seraient sa préoccupation première. Coïncidence heureuse, la juge d’instruction chargée de la plainte de victimes de travail forcé en 2002 est une ancienne collaboratrice du cabinet de Kouchner. Le message est clair : si l’ancien chef dit que c’est bon, c’est que c’est bon...

En 1997, d’après le ministère des Finances, la France était le 3ème pays, investisseur en Birmanie, avec 15% des 1,35 milliards de dollars annuels d’investissements. La moitié des investissements français provenaient de Total. Dans les hydrocarbures comme dans l’armement, investir dans un tel pays, ça veut dire payer des taxes chaque année au pays mais aussi des « dessous de table » à certains dignitaires pour autoriser l’implantation. Si ces bakchichs sont, par nature, inconnus, l’association Info-Birmanie révélait cette année que depuis le début de l’exploitation du gazoduc, Total avait rapporté entre 5 et 10 milliards de dollars au régime, notamment grâce aux 350 millions d’impôts annuels. Cela en fait le plus gros soutien du régime dictatorial birman...

Présente sur le plateau d’ITélé, où ces informations étaient relayées le 19 mai 2008, la sénatrice UMP Jodle Garriaud-Maylam, présidente du groupe France-Birmanie reprenait la défense du pétrolier français et assurait que l’action de Total en Birmanie n’était que positive, comme elle avait pu s’en rendre compte elle-même lors d’un voyage à l’invitation de...Total. Ça c’est du gage de jugement indépendant... Rare birman qu’on ait eu l’occasion de voir s’exprimer en France sur Total, le journaliste de Democratic Voice of Burma, Tan Win Htut, commenta alors tout simplement : « Total n’assassine pas directement. Total aide les assassins » Que dire de plus ? Là-dessus, notre chère sénatrice UMPétrolière n’a pas osé en rajouter...

Vous pouvez suivre vous-même les derniers déroulements du blocage de l’aide internationale par la junte birmane suite au cyclone. On montre souvent la Chine du doigt, qui, d’après les journalistes occidentaux, n’en fait pas assez pour faire bouger la junte du Myanmar. C’est fou comme on désigne les chinois pour tout et rien aujourd’hui, non ? Au regard du poids de Total en Birmanie, le pétrolier français semble pourtant le plus efficace des leviers qu’on puisse imaginer.

S’il est peu probable qu’on juge réellement un jour des violations des droits de l’homme qu’implique souvent la création de bénéfice pour les actionnaires de Total ou d’autres entreprises, il faut tout de même rappeler le poids politique qu’elles peuvent avoir auprès des pires régimes. En Afrique du Sud, l’apartheid est tombé par la lutte de l’ANC, de Mandela et d’autres, par des concerts de soutien à travers le monde, mais aussi sûrement par l’interdiction des investissements par les puissances occidentales. Total avait alors montré l’exemple en refusant de s’y implanter...

Pour plus d’infos :

- L’excellent site bakchich.info consacre plusieurs articles aux agissements de Total autour de la Birmanie.


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