
1) Comment en êtes-vous arrivée à être, dans le même temps, co-auteure d’un documentaire et auteure d’un livre portant sur la même affaire ?
En fait le projet du film a précédé celui du livre. Pascale Cornuel, chargée de programme à Arte et elle-même historienne, m’a demandé de lui proposer une histoire pouvant servir de trame à un documentaire sur l’esclavage. J’ai immédiatement pensé à l’affaire Spoutourne que j’avais rencontrée au cours de mes recherches précédentes et sur laquelle j’avais pris quelques notes. Ma proposition ayant séduit Arte, j’ai repris des recherches sur cette affaire qui s’est révélée beaucoup plus complexe qu’elle ne le semblait au début. J’ai alors décidé d’en faire un livre faisant une large place aux documents que je trouvais passionnants. Mon projet a rencontré celui du directeur des éditions Complexe, Antoine de Baecque, qui cherchait justement des ouvrages donnant à lire des archives, pour une nouvelle collection intitulée « de source sûre ».
2) Quel intérêt présente cette affaire ?
Elle met en lumière des aspects fondamentaux de la société esclavagiste finissante : le rôle inchangé de la violence comme fondement du système esclavagiste, l’impunité des maîtres, l’incapacité totale des colons à admettre toute limitation de leur pouvoir mais aussi le rôle des esclaves comme acteurs de leur propre histoire.
3) D’où proviennent les sources ?
La plupart des sources manuscrites proviennent du Centre des Archives d’Outre-mer situé à Aix-en-Provence (série géographique de la Martinique, dossiers de magistrats etc). J’ai été également amenée à utiliser diverses sources imprimées se trouvant à la Bibliothèque nationale de France. Ma recherche a ressemblé à une enquête, un document me renvoyant à un autre. Il faut préciser que si ce dossier est si riche c’est parce que, par une conjonction fort rare, trois jeunes juges métropolitains, nommés après la réforme judiciaire de 1828, ont tenté, vainement, de faire triompher le droit dans cette affaire. Le gouverneur Dupotet lui-même, pour des raisons que j’ai tenté d’élucider, a finalement pris fait et cause contre les colons. Il en est résulté de nombreux échanges de courriers qui font de cette affaire une histoire exceptionnellement bien documentée.
4) Pensez-vous que cette affaire apporte un éclairage nouveau sur la société esclavagiste ?
Oui, dans la mesure où il ne s’agit pas d’un essai mais plutôt d’un récit historique fondé, pour une large part, sur la retranscription totale ou partielle des documents eux-mêmes. J’ai essayé de mettre en scène l’affaire de façon à ce que le lecteur entende la voix des protagonistes eux-mêmes. On se rend mieux compte à travers ces documents de la violence des passions qui traversaient la société esclavagiste mais aussi de la complexité des relations entre les divers acteurs (esclaves, colons, magistrats, administrateurs locaux et pouvoir central).
Le film : "espoir, vertu d’esclave", un film de philippe Labrune, co-écrit par Caroline Oudin-bastide et Philippe Labrune. Diffusé sur Arte le 1er juin( soirée thématique sur l’esclavage) et bientôt sur RFO
Le livre :" Des nègres et des juges, la scandaleuse affaire Spoutourne, 1831-1834", de Caroline Oudin-Bastide, éditions Complexe. Sortie le 7 mai 2008
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Publié: dimanche 1er juin 2008.
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- Rubrique: Mikamo
- Mots clés:
- #08 mai 2008
- Histoire
- Esclavage




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