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Entretien avec le Collectif C NOU MENM - L'oeil du Mokoyombi

I- Pouvez-vous nous présenter le collectif C NOU MENM, qui êtes-vous, pourquoi vous être regroupés, que faites-vous ensemble ?

(STANISLAS)-C’est un collectif de professionnels de l’image et du son, né en juin 2004, qui a pour but la recherche et la création dans les domaines audio et visuel. Ce collectif comporte 6 membres qui sont : Laurence RUGARD, assistant réalisateur et réalisatrice, Daniel GOUDROUFFE qui est photographe auteur, EXXOS compositeur et aussi DJ, Sandrine TRESOR qui est monteuse et directrice de production,Thierry GIRARD dit TX ingénieur du son, et moi-même Jean-Luc STANISLAS qui suis réalisateur. On s’est regroupé, déjà parce qu’on avait des affinités, mais aussi autour d’un désir d’échange entre nos différentes formes artistiques.

(LAURENCE)-Moi, je me suis d’abord reconnue dans une certaine façon d’aborder l’image, celle de Jean-Luc, qui a marqué une génération, mais aussi celle de GOUDROUFFE qui m’a parlée. Avec Sandrine, on partageait également une forte envie d’exigence, en effet, on a tous suivi une formation, je sors d’une école de cinéma tout comme Jean-Luc et Sandrine et on avait donc ce besoin de travailler dans des conditions « professionnelles ». Quand on a fait TRAFIK D’INFO, un court-métrage réalisé par Jean-Luc en 2005, on a vraiment respecté toutes les étapes d’un tournage et travaillé comme des professionnels du cinéma de A à Z.

(STANISLAS)-Tout ça pour dire qu’on a envie d’aller loin. Si l’on regarde la partie cinématographique de C NOU MENM, l’idée de regrouper les compétences, c’est une façon d’être complémentaire afin de réaliser un vrai travail d’équipe. En Guadeloupe, le secteur du cinéma est jeune et de ce fait, pas encore bien structuré. On est encore aux prémisses, notre ambition est de faire des films et de les diffuser le plus largement possible.

(GOUDROUFFE)-Moi j’ai l’impression d’avoir toujours été dans le collectif, on s’est rencontré, jeunes professionnels qui avaient décidé de rentrer en Guadeloupe pour faire évoluer les choses . Ce sont des choix importants, pas évidents, et encore plus difficiles dans le cinéma. La nécessité de se regrouper vient aussi du fait qu’on est sur une île, donc ce n’est pas très dynamique au niveau visuel. Concernant la photographie d’auteur, on peut se sentir très vite isolé, aussi le fait d’être en interaction avec des réalisateurs de talent est nettement plus enrichissant pour moi sur le plan de l’image.

(LAURENCE)-Ca permet également de croiser les écritures. C NOU MENM nous donne la possibilité d’essayer des formes nouvelles en terme de création, d’aboutir à des oeuvres qu’on ne va pas forcément lire sur un écran (comme « Et si Bob Marley n’était pas mort », spectacle que nous avons montés qui présente un comédien sur scène, du son, des vidéos projetées sur des écrans), qui sortent un peu des cadres conventionnels. Pour nous, c’est important d’être ouvert sur ce qui bouge, sur l’extérieur, sur ce qui se fait de nouveau en matière de technique et de création.

(STANISLAS)- Je pense que ce qui est vraiment intéressant c’est l’aspect laboratoire, même si chacun a sa spécialité, son activité, le fait de se retrouver au sein d’un groupe rend encore plus curieux et touche à tout. Pouvoir ainsi croiser nos compétences aboutit à une écriture hybride dont Et si Bob Marley n’était pas mort est un exemple. C’est une des choses qui nous réunit : cette volonté de créer un langage spécial, de croiser les regards et les échanges, c’est à dire d’être en phase avec notre temps, entre tradition et modernité. S’il faut parler par exemple d’Exxos, qui n’est pas là, il développe un concept musical novateur appelé Kako Mizik. Depuis une dizaine d’années, avec le Karukera crew, ils sont à la recherche d’un son, et autour du son, il y a toute une réflexion spirituelle, philosophique et identitaire. On se retrouve aussi sur ces questions : qui nous sommes et où nous allons ? A partir de là, le regroupement est naturel.

 Vous avez évoqué Trafik d’Infos et Et si Bob Marley n’était pas mort, pouvez vous me parler des autres réalisations du collectif ?

 (LAURENCE)-Daniel a présenté une exposition, à l’Artchipel en 2005 : 5e génération.

 (GOUDROUFFE)- C’était une exposition de photos, et donc, j’ai fait appel au collectif qui a parallèlement présenté un travail sur le mouvement.

 (LAURENCE et GOUDROUFFE)-Tout le monde a pu s’exprimer visuellement à partir du mouvement, on a fait des vidéos Art, des créations personnelles. On a aussi participé aux journées du patrimoine avec la ville des Abymes en 2007. L’événement était très interactif autour du thème du Mokoyonbi. Le Mokoyonbi est un mas, monté sur échasses, qu’on retrouve dans la Caraïbe, en Afrique.

 (STANISLAS et LAURENCE)-On peut aussi parler du travail réalisé avec Léna Blou qui a créé la techni’ka. Laurence au travers du collectif a réalisé un documentaire sur cette technique qui mêle la danse Gwo Ka au contemporain. On a aussi travaillé dans le même esprit avec Dominique Coco, notamment sur son DVD : 15 Lanné Mizik. On peut en arriver là, et dire que ce qui nous a rassemblé c’est la création, faire des choses ensemble surtout. On s’est rendu compte que chaque fois que les énergies étaient réunies au sein du collectif, on s’est toujours dépassé. Même si des fois c’est un peu dans la souffrance car ce n’est jamais évident de developper et realiser des projets artistiques. Mais au bout du compte, on est toujours satisfait , il y a des choses qui nous dépassent. Et peut être que ces choses qui nous dépassent c’est l’esprit du Mokoyonbi, un esprit d’Afrique de l’ouest effrayant de part son allure mais aussi bienfaiteur et visionnaire...

 Y-a-t-il de nouvelles expériences en projet avec le collectif ?

 (Tous) On prévoit d’autres représentations du spectacle « Et si Bob Marley n’était pas mort » afin qu’il soit vu par le plus grand nombre, pour l’instant on a eu des contacts assez positifs pour d’autres salles. On a part ailleurs mis en place un volet d’initiation à l’audiovisuel sous forme d’ateliers dans les médiathèques et prochainement dans les quartiers, en association avec la ville de Pointe à Pitre. La transmission et le partage avec les jeunes, c’est aussi une chose à laquelle on tient énormément.


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