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Illusion quand tu nous quittes

Un homme sage me dit un jour : « Dieu plaça, au seuil du temple de la vanité humaine, l’illusion en éclaireur. » Que s’était-il passé ? Qui aurait pu croire que Dédé, brillant entrepreneur et homme à femmes devant l’éternel serait là , assis dans le corridor de l’hôpital psychiatrique, me regardant, l’œil hagard, meurtri de désillusions et me suppliant de l’écouter et de le croire, car je n’en revenais pas moi-même.

Il s’était réveillé un matin avec cet étrange don de pouvoir lire dans les pensées de ses proches et amies femmes. Oui chers lecteurs, Dédé était connecté en THX, option « live and direct » aux pensées les plus secrètes et intimes de ses amies.

Au début, il prit le parti de considérer cela comme un atout mais il était loin d’imaginer que son don allait devenir en fait un véritable cadeau empoisonné. Car comme beaucoup d’antillais, Dédé n’était pas en rade d’un ego surdimensionné, qui telle une muse enchantée, lui dessinait un monde dans lequel il était l’unique, le roi, le plus beau et le plus séduisant.

Pauvre Dédé, la descente aux enfers commença par sa femme. Comme souvent dans la semaine il lui annonça qu’il rentrerait tard d’une réunion de travail ou plus exactement en langage décodé, et cela juste entre nous amis lecteurs, qu’il serait chez sa maîtresse Odette. Quelle ne fut sa surprise en entendant les pensées intimes de Gertrude, sa tendre épouse : 

 « Tant mieux car j’ai moi aussi rendez-vous avec mon beau Maxime. Au moins avec lui ce n’est pas foot et voiture et vas-y que suis le plus beau et vas-y que je suis le plus fort. C’est plutôt moi la reine et une nuit passée avec lui équivaut à cent de nos plus belles années. Tu peux toujours aller voir ta petite secrétaire écervelée et pendant que tu y es conseille-lui de refaire ses dents car avec un sourire pareil, elle mériterait l’oscar du meilleur documentaire animalier. »

Non pas à lui !!! Il n’en croyait pas ses oreilles, et dut se contenir afin de ne pas s’écrouler devant sa tendre qui apparemment n’était pas dupe. Comment était-ce possible ? Il pensait tout contrôler, il croyait mener sa petite affaire de tromperie comme un véritable Rockfeller et pourtant il n’a pas vu le coup arriver : Gertrude savait tout et profitait même de la situation. Mais le pire dans tout ça, c’est qu’il n’était plus l’élu du cœur de sa femme comme il le croyait.

Ce nœud d’angoisse dans la poitrine est passager, pensait-il et sa déception n’était pas totale car il trouverait bien un peu de réconfort dans les bras d’Odette, qui s’était toujours montrée attentionnée et gentille à son égard. Mais croyez-moi, Mikaiens, si les voies de Dieu sont impénétrables, celles consacrées à Dédé semblent ouvertement jouer de cruauté. Arrivé à l’improviste chez Odette et après quelques échanges de commodité, voilà ce qu’il entendit du plus profond de l’âme de sa maîtresse :

« Il aurait dû appeler avant, je ne suis pas à sa disposition et chez moi ce n’est pas un hôtel où l’on peut aller et venir à sa guise. En fin de compte, je ne supporte plus tout ça. Au début c’est « monts et merveilles » et plein de promesses d’une vie différente de celle des autres. Mais au final, c’est plutôt « sois belle et tais-toi et estime-toi heureuse de vivre ce que tu vis car il y a plus mal lotie que toi ». Mais bon, prends ton mal en patience ma petite, c’est quand même Dédé qui paye les factures et je compte sur lui pour mon CDI. Ce sera toujours ça de pris. »

A ce moment précis, amis lecteurs, Dédé sentit le sol vaciller sous son poids et sa misérable existence lui explosa à la figure. Comment en était-il arrivé là ? Tout comme Tony Montana le monde lui appartenait, mais en définitive ce qu’il détenait réellement et qui venait de s’écrouler comme un château de cartes, n’était qu’un monde bâti sur des illusions… Un monde, qui éloigné de la vérité, ne flattait que lui. A partir de cet instant rien ne fut plus comme avant. Il sombra dans la dépression. Il finit par demander grâce pour qu’on lui ôtât toutes ces voix de femmes dans sa tête.

Mais qu’est-ce qui effrayait autant Dédé ? Ce n’était pas simplement l’étrangeté du phénomène qui l’accablait, mais plutôt l’ampleur des responsabilités auxquelles il devait faire face… En fait cet étrange pouvoir, tout en le plongeant dans un monde de vérités inavouables, lui arrachait, lui volait sans scrupules un bien beaucoup plus précieux que son équilibre mental. Il s’agissait du confort que lui procuraient ses illusions.


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