
Pensez-vous que les jeux d’argent peu vent entraîner une dépendance ?
La dépendance est fortement liée à l’addiction. Pour faire simple on peut considérer comme addictif tout comportement susceptible d’entraîner une dépendance. Elle peut naître de la prise de certaines substances psychoactives tels que les drogues, l’alcool, le cannabis, le tabac. Mais les dépendances peuvent naître de nos comportements, c’est la cas pour le jeu pathologique (jeux d’argent du genre casino, pmu, jeu de grattage, pari ect...) qui peut pour certains entrer dans cette catégorie des addictions Mais il n’y a pas véritablement de consensus scientifique sur la question de savoir si un trouble du comportement peut constituer une addiction. Parmi les troubles du comportement on retrouve des pathologies de contrôle des impulsions parmi lesquelles on classe notamment la cleptomanie. D’autres troubles du comportement appelés troubles obsessionnels et compulsifs sont classés par certains scientifiques parmi les addictions et par d’autres parmi les pathologies de contrôle des impulsions. Ce que l’on peut affirmer c’est que pour le jeu pathologique comme pour toute addiction, il est mis en place un système de récompense sur le plan psycho-pathologique ou neuro-biologique. Les personnes dépendantes en général ont comme dénominateur commun ce système de récompense qui entretient la dépendance.
A partir de quel moment peut on parler de jeu pathologique ?
Dès qu’il y a des conséquences ; si vous êtes malade, il y a des symptômes physiques ou psychologiques. De la même manière, le jeu devient pathologique lorsqu’il a un retentissement palpable sur le fonctionnement de la personne, sur le plan social, sanitaire, pécuniaire ou autre... Je connaissais un joueur de PMU qui était pathologique sans s’en rendre compte, même s’il avait tout le temps des problèmes financiers directement liés au jeu. Un jour sa femme s’est rendue compte que tout l’argent et tout son temps y passaient. La conséquence ressentie par cet homme a été le départ de sa femme. On peut aussi dire que le jeu devient pathologique lorsque la pulsion devient incontrôlable. Il y a au départ un malaise interne qui ne peut être dissipé que par le passage à l’acte : le jeu. La psychologie du joueur est complexe, l’enjeu ne réside pas dans le gain mais dans son envie de dépenser de l’argent, de maintenir l’état de plaisir procuré par le jeu en restant au casino, au PMU...
L’attraction du jeu tient donc au plaisir ?
Dans toute addiction, il y a deux composantes ; d’une part la composante hédonique, le plaisir procuré par le comportement addictif, et d’autre part le soulagement apporté par ce comportement par rapport à un malaise initial. Le jeu pathologique revêt aussi cette bipolarité caractéristique de l’addiction en général. Il faut donc prendre en considération les deux aspects de ce plaisir et on en revient à la notion de récompense dans l’addiction.
Existe t-il des prédispositions au jeu pathologique ?
Certaines personnes sont prédisposées. Il n’y a pas de personnalités particulières de joueurs, mais ce sont souvent des personnes anxieuses, à la recherche de satisfaction et de nouveauté. Les conséquences de jeu sont plus psychosociales que psychiatriques, le joueur ne peut pas être considéré comme fou, il est responsable, conscient de ses actes. Lorsqu’on se trouve dans une spirale de problèmes sociaux, professionnels ou autres, on devient plus anxieux, on se pose des questions, on rentre dans une anxiété anticipatoire, une peur de l’avenir, le fameux malaise initial que cherche à dissiper le joueur pathologique. Tout s’enchaîne et rapidement la dépendance pathologique au jeu a une influence pro-cyclique en agissant comme un accélérateur dans cette spirale.
Est-ce une maladie répandue en Guadeloupe ?
D’une part nous ne disposons pas d’étude scientifique épidiémologique ou statistique pour la Guadeloupe. D’autre part, le jeu pathologique est difficile à caractérisé chez une personne, la prise de conscience n’est pas évidente pour la personne qui en est atteinte, comme pour d’autres addictions. Les fumeurs, les alcooliques, les consommateurs de drogue ne se rendent compte qu’ils sont atteints d’une pathologie que lorsqu’ils souffrent de conséquences sanitaires ou sociales. Je reçois des usagers de substances interdites par la loi qui ne se rendent pas compte qu’ils sont dépendants et que ça pose un problème. Ils ne s’en rendent compte que lorsqu’ils ont des problèmes de santé graves ou des troubles relationnels avec leur conjoint.
Existe-t-il selon votre expérience, un profil de joueur pathologique spécifique à la Guadeloupe ?
Non, comme pour la toxicomanie, il n’y a pas de personnalité type, il est toujours question de problématiques personnelles et de leurs symptômes, anxiété, malaise... Souvent les joueurs pathologiques sont des personnes comme tout le monde, issues de tous les milieux.
Comment peut-on traiter le jeu pathologique ?
Il n’y a donc pas de traitement particulier. La première chose que l’on travaille avec les personnes atteintes d’une dépendance pathologique est donc la motivation, le degré de prise de conscience que le comportement est dangereux et qu’il convient de s’en affranchir. C’est ce que nous essayons de faire au cours d’entretiens motivationnels mais certaines personnes ne reconnaissent jamais qu’elles sont en difficultés. Une fois que le « malade » reconnaît la pathologie, la deuxième étape consiste à en déterminer les causes dans une approche diachronique de fonds par laquelle on s’intéresse à l’histoire personnelle du joueur pathologique. En général il y a ce qu’on appelle des comorbidités, d’autres troubles associés, comme une personnalité sous-jacente malade, des problème de dépression, des pathologies psychiatriques plus ou moins graves. Alors c’est ce que l’on va commencer à traiter, et le jeu pathologique sera soigné par le travail effectué sur ces autres comorbidités. S’il n’en existe pas, le traitement est plus difficile. On a ensuite une approche comportementale qui vise à proposer une modification du comportement. Un comportement est nécessairement sous-tendu par des émotions, des façons d’être et de penser. Il faut donc une thérapie cognitive et comportementale qui nécessite l’implication du patient et du thérapeute. Lorsque le patient et le thérapeute se rencontrent, ils doivent avoir l’attitude de deux scientifiques qui travaillent à résoudre le même problème. Le joueur pathologique est alors dans une dynamique active et c’est pour cela que la motivation de sa part est très importante.
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Publié: samedi 1er novembre 2008.
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- Rubrique: Dossier
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- #12 Octobre 2008




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