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L'expulsion ratée du mois

Prix spécial à France-Antilles pour son effort d’information
Nous, Mika Déchainé, avons lancé « le concours des expulsions les plus indignes » soit parce qu’elles sont illégales, ou soit parce qu’elles occasionnent (même en toute légalité) une situation humainement indigne et insoutenable. Et Régulièrement nous décernerons un prix pour « l’expulsion du mois ». Mais au delà du cynisme de la démarche, nous voulons parler autrement des sujets d’immigration, d’expulsions, de clandestinité... Par ces récits, nous invitons à sortir l’immigré clandestin, le temps d’un article, d’un déshumanisant anonymat ; et à le regarder comme un des nôtres, qui a une vie, une famille, une histoire, et des aspirations...

Une fois n’est pas coutume nous vous livrerons l’histoire d’une (voire plusieurs) expulsion(s) ratée(s). Histoire qui vaut son pesant de cacahuètes et qui va faire sourire dans les chaumières.

Dans le droit fil de sa vieille et longue tradition « collaborationniste », le France-Antilles du 17 Mai dernier nous montre un exemple « de léchage de botte aux autorités » en bonne et dûe forme.

En effet, faisant sa « Une » sur le travail illégal, nous avons eu droit à un vibrant hommage au travail mené par la gendarmerie et le parquet de Pointe à Pitre dans sa lutte de chaque jour contre le travail illégal et les sans-papiers.

Photo couleur d’un chantier en première page accompagné de son énorme titre « COUP DE POING AU TRAVAIL ILLEGAL » racole le futur lecteur pour le renvoyer à un article plus modeste en page 3.

En page 3 donc, on y apprend que « tuyautés » (on ne remerciera jamais assez tous ces gens qui écrivent à la police) la gendarmerie du Moule (cinq véhicules) renforcé d’une patrouille de Port-Louis et d’un escadron de gardes mobile (excusez du peu !) avaient décidé de frapper un grand coup.

Ils investissent donc le chantier dénoncé (par le tuyau anonyme), « où ils pensent trouver des employés non déclarés et en situation irrégulière ». « Une vraie fourmilière » nous précise le journaliste reprenant les propos capitaine Pallot. Une fois l’humanité des travailleurs reconnue, le convoi de gendarmes, qui s’est déplacé rien que pour ça, les interroge : papiers, contrat, numéro de sécu, enfin la routine…

Tout ce déploiement de moyens militaires pour constater, nous écrit France-Antilles que, « finalement, tous les Haïtiens, Dominiquais ou Dominicains qui travaillent sur le chantier - et il y en a un certain nombre - sont en situation régulière » ! On nous précise quand même que six employés n’étaient pas déclarés et que la vendeuse de sandwiches en estafette n’avait pas de licence pour vendre ses bières et n’était inscrite au Registre du commerce. Wouaw !!!

On ne louera jamais assez l’abnégation de ces militaires qui s’agitent pour rien, sinon faire peur, un peu, et, humilier, beaucoup.

On reste muet d’admiration face au courage de ces journalistes embarqués dans une opération de police foireuse, qui manifestement devait être très médiatisée.

Ils n’hésitent pas à affronter le ridicule : des arangues grandioses en première page, puis développements pitoyables ensuite dans l’article des pages intérieures.

Mais par contre aucun questionnement sur la politique d’immigration actuelle qui est obnubilée par la répression et les reconduites à la frontière. Aucun mot non plus, sur ces autorités qui dans leur obsession du chiffre et du quota, s’agitent de plus en plus follement.

Il faut cependant leur reconnaître, que grâce à leur travail on a pu être informé sur ce superbe fiasco essuyé par une imposante opération commando (contre notamment les sans-papiers).

Ce mois-ci il n’y aura donc pas de médaille (les gendarmes ayant fait choux blanc) mais au regard de l’effort d’information de nos amis du France-Antilles, nous avons pensé qu’ils méritaient un « prix spécial ».


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