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Terres agricoles en danger

L'heure de la vigilance a sonné !

La terre agricole constitue le réservoir, le grenier d’un territoire. Elle permet de nourrir ses habitants, de produire des denrées à exporter pour lui rapporter des devises, et demeure l’un des éléments essentiels de son développement. Tout cela à l’air de couler de source et d’être d’une évidence tellement rébarbative qu’on se demande pourquoi commencer ce propos par de telles lapalissades…

Tout simplement parce que, à l’évidence nous n’en n’avons aucune conscience !!! Chaque année c’est en moyenne 800 à 1000 hectares de terres agricoles qui disparaissent. A ce rythme avec une surface agricole totale de près de 40.000 hectares, dans 40 ans il n’y aura plus une once de terre agricole en Guadeloupe !!!

Et ce désastre, nous en sommes directement responsables, car les terrains agricoles sont théoriquement protégés. Nos maires, qui ont cependant le pouvoir de lever cette protection en déclassant ces terrains à la demande des propriétaires, ont besoin de notre complicité puisqu’il n’existe pas de déclassement sans demande de déclassement !!! A chaque élection municipale c’est le même cirque, nous sommes là comme des commerciaux à vendre notre voix à celui qui dégainera au plus vite une promesse de déclassement du petit terrain hérité du grand-père. On voit déjà ce bout de terrain insignifiant, généralement bloqué dans une indivision inextricable, se transformer en euros sonnants et trébuchants, tant la pression sur le foncier se fait de plus en plus pressante. Et oui, à 50€ le m2 le moindre petit bout de terrain réveille les appétits et les rêves de prospérité des plus irréductibles.

Il est aussi indéniable qu’avec des outils, tels que la défiscalisation, ils sont de plus en plus nombreux les petits et grands investisseurs venant souvent d’ailleurs, pour lesquels on achète du foncier en vue de construire résidences et lotissements à la pelle. Ils ne mettront de toutes les façons jamais les pieds ici, mais ils sont prêts à acheter un petit « appart en défisc » (sur plan évidemment), pour assurer leurs vieux jours. Et que cet « appart » soit branlant, mal construit, ou qu’il menace le foncier agricole de la Guadeloupe, honnêtement qu’est-ce qu’ils en ont à faire ? Puisque que c’est nous qui l’habiterons ce petit « appart en defisc », puisque ce sont nos terres que l’on utilise pour construire ces chapelets de lotissements. Et nous, on en redemande… Défiscalisation et déclassement : voilà nos nouvelles revendications ! Et pourtant tout cela n’est pas sans conséquences. Sur une île qui n’est pas extensive, il faudra quand même penser à prendre les rènes de notre aménagement du territoire des mains des promoteurs immobiliers, si l’on ne veut pas se retrouver « konkonb san grènn ».

Il existe d’ailleurs des outils juridiques et techniques pour cela, mais encore faut-il que nos élus se saisissent de ces questions ! Déjà au niveau communal sont mis en place les PLU (Plan Local d’Urbanisme) qui prévoient pour les 5 ans à venir, la mise en œuvre de la politique d’aménagement de la commune. C’est d’ailleurs lors de leur révision que le « mic-mac » des déclassements des terrains agricoles s’effectue.

Au niveau de la Région, il est aussi prévu un document encore plus important et qui normalement s’imposent aux PLU. Il prévoit les grandes lignes de l’aménagement du territoire et du développement local pour les décennies à venir. Il s’agit du SAR (Schéma d’Aménagement Régional), il s’occupe de penser notamment le nombre d’hectares réservés à l’agriculture, mais aussi l’implantation des futurs équipements, les orientations de gestion de l’habitat, les zones à protéger etc…

Un tel document, s’il avait été pris au sérieux par nos précédents présidents de Région, aurait certainement pu enrayer l’hémorragie de la fuite de notre foncier agricole. Mais le SAR de Felix Proto a été invalidé par le Conseil d’Etat, et Lucette n’a même pas pris la peine de l’élaborer. A tel point que c’est le Préfet qui a du l’établir à sa place. Et il l’a fait comme un préfet, c’est-à-dire du seul point de vue de l’Etat, sans projet et sans prendre en compte les besoins des collectivités. Résultat des courses il n’a jamais vraiment servi, j’en veux pour preuve qu’il prévoyait 50.000 hectares de terres agricoles et qu’aujourd’hui 10.000 hectares sont passés à la trappe. En ce moment on se retrouve en pleine élaboration d’un nouveau SAR (qui va déterminer les grandes orientations pour jusqu’en 2030).

Et là visiblement l’équipe de Victorin Lurel semble prendre les choses en main. Sur le papier, tout a l’air bien pensé, responsable, cohérent. La volonté affichée est la concertation avec tous les acteurs concernés par les domaines de compétence du SAR. On dit vouloir prendre en compte les autres domaines sectoriels connexes (ex : le littoral et les problématiques de la mer…), les échéances prévisibles (ex : l’octroi de mer, la zone franche globale…). On annonce même une méthode de travail très économe en foncier : on pense d’abord les besoins en habitat que l’on veut orienter vers une densification des villes, puis on préserve tout le reste. On prévoit évidemment de ne pas toucher aux terres agricoles existantes voire même de les augmenter… Et on veut par dessus tout, que chacun s’approprie le SAR.

Sauf que dans la réalité c’est une autre chanson. Non pas que les objectifs affichés ne soient pas sincères. Mais se donne-t-on vraiment les moyens de les atteindre ? Pas sûr… Déjà le bureau d’étude choisi pour élaborer le SAR est une société dont le siège social est situé à … Montpellier. Alors évidemment qu’il doit être très compétent, mais a-il suffisamment connaissance du terrain, des besoins, des enjeux, de nos habitudes culturelles pour élaborer un tel document ? D’autant que Victorin et son équipe se sont imposés un délai extrêmement court : le SAR devra être élaboré en 6 mois alors que la durée moyenne est de 2 ans et demi. Notre fine équipe de Montpellier aura-t-elle le temps en 6 mois d’appréhender nos particularités tout en élaborant au pas de course un SAR qui devra déterminer les solutions à venir à nos problèmes à venir ? Comment en 6 mois penser le SAR, le construire en concertation avec tous les acteurs, le faire accepter par les collectivités et la population, et tout ça par une équipe qui n’est pas d’ici (je radote, je sais) ?

Alors à la Région on déroule un « plan com » long comme rosaire : enquête d’opinion, site internet, exposition à faire circuler, réunion avec les Guadeloupéens de métropole, rencontres dans les communes etc… Mais un « plan com » peut difficilement se transformer en une appropriation populaire quand il est réalisé dans la précipitation. Pourtant la Région se veut rassurante et promet avoir toute la matière pour réaliser le SAR, s’appuyant sur les différentes assises qu’elle a organisées dans divers domaines. Mais cette matière doit être interprétée, digérée, pensée pour se transformer en document politique et stratégique prévoyant notre développement sur les 20 prochaines années. A ce niveau d’objectifs ce n’est plus de l’ordre du challenge ou du défi, mais carrément du domaine du surnaturel, nos amis de Montpellier seraient-ils des surhommes ou des supers héros ? Peut-être, qui sait ?

Et nous ? Saurons-nous être à la hauteur ? Saurons-nous nous inviter dans l’élaboration de ce SAR qui va décider à peu près tout, dans tous les domaines de notre développement. ? Saurons-nous réveiller à temps pour préserver nos ressources et nos terres agricoles ? Amis lecteurs, l’heure de la vigilance à sonné.


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