Mais de quoi s’agit-il exactement ? Pour le savoir, il nous faut faire un petit « flashback ». Déjà pour comprendre qu’en 1990, à la fermeture de l’usine Beauport qui appartenait alors à une société bordelaise, les Conseils Régional et Général se sont portés acquéreurs des 4 000 ha de faire-valoir (terrains directement annexés à l’usine) pour la somme de 20 Millions de Francs. Sur ces 4 000 ha, 150 ha ont été mis à disposition de la société agricole Canne d’Or qui entre temps a été liquidée, son matériel vendu et ses salariés licenciés.
Il y a deux ans, sous la pression du syndicat des Jeunes Agriculteurs et des agriculteurs du Nord Grande-Terre, ces deux collectivités ont décidé de rétrocéder 400 ha aux agriculteurs sur la base de projets agricoles pertinents. Pour ce faire elles créent un comité d’attribution. En janvier 2007, suite aux premières auditions, 11 agriculteurs sont installés sur des surfaces allant de 11 à 12 ha. A la deuxième phase d’audition (mars-avril 2007), sur les 250 candidats auditionnés, 26 sont retenus mais ne sont pas encore installés.
Jusque-là vous me direz, tout va plutôt bien…. Alors, pourquoi y a t-il eu polémique ? La polémique a fusé lorsque des agriculteurs qui n’ont pas été retenus découvrent que le Conseil Général, qui gère la procédure d’attribution des lots, a octroyé des baux à certaines personnes sans que celles-ci aient présenté de projets devant la commission d’attribution. Du coup, en protestation, l’intersyndicale agricole décide d’occuper les parcelles qui ont déjà été attribuées mais qui ne sont pas encore occupées (celles des 26 attributaires restant à être installés).
Dans le collimateur de l’intersyndicale, une personne en particulier : un certain José Pirbakas à qui les collectivités ont attribué deux baux pour une surface totale de 40 ha sans que son dossier ait fait l’objet d’une présentation ni d’une proposition au comité technique chargé de la sélection des candidats. C’est un vrai privilège accordé à Pirbakas en comparaison aux 250 candidats qui eux ont pris la peine de monter un projet et d’affronter ensuite le jury ! Privilège d’autant moins compréhensible quand on sait qu’il est avant tout le gérant d’une entreprise de travaux publics ! Etre l’entreprise « chouchou » du Conseil Général aide certainement à ouvrir des portes, même celles d’un monde qui, à priori, est très éloigné de son activité première ? Parce qu’il est vrai que par le biais de son entreprise SGTE, et motivé par de juteux contrats avec le Conseil Général, Pirbakas s’est beaucoup investit pour le département : travaux d’entretien (fauchage, élagage, curage de fossés) ; travaux d’accotement, d’assainissement et de sécurité ; chantier de terrassements (route des Mamelles, RD6 à Vieux Fort) ; travaux de viabilisation du port départemental de Deshaies. Les mauvaises langues disent même que, proche de Jean-Marie Hubert, l’ancien Président de la commission agriculture et pêche du Conseil Général, il aurait également financé la campagne de Gillot. Ça pourrait créer des liens tout cela !
L’UPG dit comprendre la démarche de l’intersyndicale qui occupe une partie des terres mais déplore toutefois la méthode employée. Malgré tout, le 4 juillet à Beauport, c’est d’une même voix qu’ils réclament haut et fort plus d’équité dans cette affaire. Parmi leurs revendications : l’annulation des baux octroyés à titre privé, en marge de la procédure d’attribution (essentiellement celui de Pirbakas) ; la redistribution des 150 ha qu’exploitaient Canne d’Or maintenant que l’entreprise n’existe plus (notons au passage que Pirbakas y détenait des parts) ; l’examen d’un projet collectif que vont soumettre les agriculteurs qui squattent en guise de protestation afin d’envisager leur possible installation de manière légale.
Qu’en est-il de tout cela à l’heure où l’on écrit cet article ? Nous l’avons dit, le courrier de l’UPG est toujours sans réponse. Cependant les choses se sont quand même un peu décantées : sur les 26 agriculteurs en attente d’être installés, 13 l’ont été entre juillet et août. Par contre, Pirbakas continue tranquillement à exploiter les terres et s’étend même, sans autorisation, sur les anciennes terres de Canne d’Or ( celles censées être redistribuées aux agriculteurs). A ce rythme là, pour lui, la récolte sera on ne peut plus bonne !
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Publié: mercredi 1er octobre 2008.
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- Rubrique: Humeurs de Mika
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- #11 septembre 2008




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