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La bonne blague de Toto Président de la Région

ou la bonne ( ?) santé économique de la Guadeloupe claironneé par notre Toto Régional
Alors c’est Toto président de région qui décide d’annoncer des bonnes nouvelles sur le site officiel de la région Guadeloupe. Attends attends, ris pas encore ce n’est que le début. Le communiqué, intitulé « Une bonne année 2007 pour l’économie guadeloupéenne » annonce aux Guadeloupéens qu’ils ont plusieurs raisons de se délecter de ce grand cru économique.

Il y a d’abord la fameuse croissance économique, le Produit Intérieur Brut (PIB) a gagné 2.6% au cours de cette année dans notre département, ce qui signifie que la production de biens et services sur le sol guadeloupéen a augmenté d’autant. Le scribe de Toto précise que le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics (BTP) a été le principal moteur de cette croissance avec une contribution d’un point. Faut il se réjouir sans réserve du dynamisme d’une région s’il est en grande partie lié à celui d’un secteur à ce point dépendant des commandes publiques et de la défiscalisation ? Si nous retranchons à ce dynamisme la part du BTP, pour partie artificielle, la croissance du PIB n’est plus que de 1,6%. Et globalement, faut il aujourd’hui se réjouir de la croissance indépendamment de son partage ? (Et que dire de la croissance économique en général lorsqu’on constate qu’elle hypothèque notre avenir à moyen terme et celui des autres espèces ? Mais c’est un plus vaste débat). Pour Toto aucun doute, il se gaumême : « ...la Région Guadeloupe [...] ne peut que se réjouir, même si la consommation des ménages, liée à la hausse des revenus, faiblit pour la troisième année consécutive ». Donc, Toto n’est pas sans savoir les difficultés financières du petit peuple, liées au mauvais partage de la croissance, cependant, il n’y voit rien d’assez préoccupant pour dégonfler son jabot et plomber sa satisfaction.

Il y a aussi l’inflation : les prix n’ont en moyenne augmenté que de 1,3% en 2007, « même si l’INSEE note la hausse significative des produits alimentaires frais (5.1%). ». En d’autres termes, l’augmentation moyenne de 1,3%, exceptionnellement basse n’est pas représentative de l’ensemble de l’économie. Elle ne traduit que la baisse des prix de certains produits comme les ordinateurs, les appareils photos numériques, et les téléviseurs alors que les prix des produits alimentaires de base subissaient une croissance bien supérieure à celle des revenus.

En Novembre 2006, après l’annonce faite par le gouvernement d’une inflation moyenne au niveau national de seulement 1,1% (Oct 2005 à Oct 2006), le journal Le Parisien a réalisé une contre-enquête démontrant que les disparités d’évolution des prix des produits de consommation courante et de produits moins fréquemment consommés (ordinateurs...) ne permettaient pas d’analyser sereinement la moyenne de 1,1%. Il en est de même aujourd’hui en Guadeloupe et la moyenne de 1,3% est bien inférieure à la hausse que nous avons ressentie à la caisse puisqu’elle est calculée à partir de produits qui ne se trouvent que très rarement dans nos caddies. Par ailleurs plusieurs associations de consommateurs se plaignent du mode de calcul de l’indice des prix qui ne tient pas compte, entre autres, des dépenses de santé. Or le démantèlement largement entamé de la sécurité sociale (souvenez-vous de ces longues listes de médicaments condamnés à n’être plus remboursés) alourdit cette ligne du budget des ménages.

Puis Toto passe au volet emploi, il annonce que le taux de chômage est en 2007 de 22.7% soit selon lui 2.5 points de moins que l’année précédente. Mais il se fourvoie encore, et pour le constater traversons l’océan et retournons un an en arrière, lorsque les statisticiens de l’INSEE manifestaient dans la rue leur mécontentement de voir leurs travaux sur le chômage faussés et instrumentalisés en pleine campagne électorale. Les statistiques du chômage étaient alors calculées selon la méthode du Bureau International du Travail (BIT) d’après les chiffres de l’ANPE concernant les demandeurs d’emploi. Il a été mis en évidence que ces chiffres ne traduisaient pas la réelle évolution du chômage mais la gestion agressive par l’ANPE de ses listes de demandeurs d’emplois. Sous l’impulsion du collectif Autres Chiffres du Chômage (AAC) la méthode a été modifiée et correspond désormais à celle employée par EUROSTAT (organisme européen de statistiques). Les chiffres issus de cette méthode sont en moyenne d’un point inférieurs à ceux issus de la méthode BIT, mais il n’y a pas moins de chômeurs pour autant, les repères pour évaluer le chômage ne sont plus les mêmes.

Cette méthode a été choisie parce qu’elle permet de rendre compte des évolutions, sur lesquelles sont jugées les actions gouvernementales, mieux que l’ancienne méthode. Les chiffres ne sont plus dépendants des radiations des chômeurs des listes de l’ANPE, et c’est une bonne chose, mais, et c’est là que Toto se met le doigt dans l’oeil jusqu’au coude, on ne peut plus les comparer aux séries statistiques des années précédentes. L’INSEE, sur son site (auquel nous renvoie aimablement Toto pour constater par nous mêmes mais qu’il n’a pas dû bien regarder), met en garde l’utilisateur de cette statistique :« les chiffres publiés dans ce rapport ne sont pas comparables aux taux de chômage publiés les années précédentes. »

Aaaah sacré ToTo ! Mais on rit jaune... quand même.


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