C’est que les banques ne sont pas de simples coffres-forts à l’image de ce qu’on peut voir dans les westerns américains. Aujourd’hui, elles sont la pierre angulaire de notre économie capitaliste. Disons, pour aller un peu vite, qu’elles gagnent de l’argent sur deux choses : les intérêts des prêts qu’elles accordent et éventuellement le gain de l’argent qu’elles jouent en bourse.
Cela soulève donc plusieurs questions. L’argent qu’on confie aux banques peut tout à fait servir à financer des choses que vous ne voudriez pas financer : des entreprises de vente d’armes, du secteur pétrolier, nucléaire, l’industrie pharmaceutique, le tabac, etc. A l’inverse, une banque, en décidant de prêter de l’argent à tel ou tel projet, dispose d’un grand pouvoir, puisque sans son accord, certaines initiatives ne peuvent tout simplement pas voir le jour. Ainsi, le commerce équitable a eu du mal à naître puisque les financements lui étaient difficilement accordés et il en est de même pour bien des projets d’entreprises à caractère social ou environnemental. Toute personne refusant ce fonctionnement se trouve confrontée à un choix : faire avec le capitalisme ou faire la révolution. Le but de cet article n’est pas de trancher ni d’influencer qui que ce soit, mais simplement de présenter une initiative qui « fait avec » l’économie de marché, mais construit autre chose, en parallèle : la finance solidaire telle que la pratique la Nef.
La Nef se définit comme « une coopérative de finances solidaires ». Elle est née en 1979 comme association et a évolué progressivement pour devenir un véritable organisme de crédit et d’épargne agréé par la Banque de France. Vous pouvez donc y déposer votre argent et la solliciter pour pour un prêt. Mais attention, inutile de vous y précipiter dans l’espoir de voir financer l’achat d’un 4x4 ou le lancement de n’importe-qu’elle entreprise. La Nef finance uniquement « la création et le développement d’activités professionnelles et associatives à des fins d’utilité sociale et environnementale ». Elle diffuse chaque année un catalogue exhaustif des projets à qui elle prête dans un soucis de transparence. Un mot utilisé un peu n’importe comment, de nos jours.
Cette expérience est loin d’être une petite expérience. 20.000 personnes composent aujourd’hui l’actionnariat de la Nef. Les principes que beaucoup considéreraient comme utopistes et que prônent la Nef sont appliqués en interne. Ainsi, les décisions se prennent « évidemment » sur le principe « une personne, une voix » et une part grandissante des intérêts générés sont donnés. Au total, la société dispose de 160 millions d’euros pour financer des projets d’insertion, d’aide sociale, de formation, d’édition, de logement social, de développement des énergies renouvelables, d’agriculture biologique ou encore d’éco-construction. Près de 300 projets ont ainsi été financés en 2007, d’après le rapport annuel.
Les conséquences positives sont évidentes. L’argent joue même un rôle de lien social, puisque ceux qui participent à l’aventure Nef rencontrent régulièrement les porteurs de projet. Aucun épargnant ou actionnaire n’a à rougir de l’utilisation de son argent. Si la rémunération des livrets est moins importante que chez les banques traditionnelles, c’est que la plus-value est sociale et environnementale. On ne peut pas en dire autant chez Total ou à la BNP...
De plus, alors que la crise financière fait rage, ce type de fonctionnement semble être la solution miracle. En effet, l’argent ne se trouve à aucun moment en bourse. Le CAC 40, le Dow Jones et les cours de toutes les bourses peuvent continuer leur chute vertigineuse. Cela ne concerne pas la Nef qui n’investit que dans ce qu’on appelle « l’économie réelle » : des projets concrets, auxquels aucun spéculateur ne s’intéresse.
Prochaine étape pour la Nef : s’allier bientôt avec des structures similaires en Espagne (Fiare) et en Italie (Banca Etica) pour créer, à l’échelle européenne, une véritable banque éthique. Les comptes courants solidaires, avec carte bleue et chèque, c’est pour bientôt, donc. (NB : il est aujourd’hui possible de souscrire au Crédit Coopératif, mais le fonctionnement est très différent).
Quid des Antilles ? Pour l’instant, la Nef n’y est pas présente. Et comme ses principes imposent un contact direct entre la société et les porteurs de projet, ce n’est pas pour tout de suite. Comment faire, alors, pour « donner la force » à des projets qui vont, par exemple, dans le sens de l’autosuffisance alimentaire ou énergétique de nos îles ? Car après tout, nous dénonçons régulièrement, au Mika, les problèmes écologiques ou la structure économique dépendante des importations propre aux colonies, mais comment avancer et construire quand les bonnes idées se heurtent au refus des banquiers ?
Nous ne saurions que trop encourager ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure Nef à envisager la création d’une délégation antillaise, bien entendu. Soyons honnêtes, cela ne s’improvise pas et nécessite des compétences professionnelles dans le secteur bancaire. Heureusement, le monde de l’épargne éthique et solidaire fourmille de bonnes idées plus simples à mettre en œuvre, comme les clubs CIGALES (Club d’Investisseurs pour une Gestion Alternative et Locale de l’Epargne Solidaire).
Un club CIGALES est un petit groupe de personnes qui décident de mettre en commun leurs économies, même modestes, afin d’aider à la création de petites entreprises qui portent des projets « respectueux de l’être humain et de son environnement (commerce équitable, insertion sociale, promotion de la culture, protection de l’environnement, …) ». Comment ? En décidant de rentrer, pour une période fixe de 5 ans, dans le capital de ces entreprises. C’est bien souvent le coup de pouce qui permet de lancer les projets ou de rassurer d’autres investisseurs potentiels. L’expérience est positive puisqu’environ 70% des projets ainsi aidés réussissent. Cette initiative crée aussi du lien social entre les créateurs d’entreprises et ces clubs, brisant la fameuse « solitude » des entrepreneurs à leurs débuts et leur fournissant conseil et suivi, dans la plus grande convivialité.
L’idée peut être reprise et estampillée CIGALES, ou modifiée, adaptée aux réalités antillaises où tout n’est pas toujours facile. Face à la morosité pesante d’une crise financière internationales, les alternatives existent bel et bien. A ceux qui commenteront, d’un air blasé « rien n’empêche de rêver », répondons : rien n’empêche de faire.
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Publié: lundi 1er décembre 2008.
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- Rubrique: Mikactu
- Mots clés:
- Economie
- Social
- #13 Novembre 2008
- Crise financière




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