Rose Aimée est partie d’Haïti pour la Guadeloupe sur l’injonction de sa mère et d’un frère inquiets de l’ambiance de racket, enlèvements, viols. Peu de temps après son arrivée en Guadeloupe, elle rencontre Ernest, guadeloupéen, avec qui elle vit quelques mois. L’alcoolisme de cet homme rend très vite la vie quotidienne avec lui difficile et au bout de trois mois Rose Aimée cherche un autre logement qu’elle partagera avec des compatriotes.
Un mois après s’être séparée d’Ernest, elle découvre qu’elle est enceinte. Les temps sont durs, elle n’a pas de ressources, elle reste des jours entiers sans manger. Mais sa religion lui interdit de « tuer l’enfant », elle poursuit sa grossesse dans des conditions de vie précaires et accouche d’un petit garçon, Eric. Elle continue à voir Ernest qui l’aide en lui donnant de temps en temps 20 ou 30 euros …Il va reconnaître l’enfant avec elle. Elle apprend qu’elle peut obtenir un titre de séjour en tant que mère d’un enfant français. Elle fait cette démarche et obtient un titre de séjour qui lui est renouvelé 2 fois. Cette carte de séjour lui permet de trouver du travail : ménages, repassage et d’accéder à un logement décent.

Eric a de gros problèmes de santé qui nécessitent consultations, bilans, traitements. La vie n’est pas terrible, mais avec l’obtention de la C.M.U, son travail, les quelques aides financières ponctuelles d’Ernest et de la mère de celui-ci, elle arrive à faire face aux frais entraînés par la maladie de l’enfant et sa scolarisation en école maternelle. Ernest va chercher l’enfant à l’école quand Rose Aimée travaille, Eric va faire des courts séjours dans la famille de son père. Enfin pour tout le monde, Ernest est le père et se conduit comme tel.
Et puis, catastrophe ! Lors des démarches pour le renouvellement de sa carte de séjour, la préfecture la lui refuse prétextant qu’une enquête est nécessaire. La déclaration de paternité d’Ernest leur paraît suspecte au motif qu’ils ne vivent pas ensemble et qu’il a reconnu récemment un autre enfant de mère haïtienne. Au bout de quelques mois, à la place du titre de séjour, Rose Aimée vient de recevoir une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français).
Cette histoire n’est pas exceptionnelle... Comme il faut « faire du chiffre » et réaliser un quota d’expulsions, la chasse au faux est ouverte : faux malades (la Ligue des Droits de l’Homme de Guadeloupe est intervenue récemment pour empêcher l’expulsion d’un « faux malade » atteint d’un vrai SIDA), et maintenant la chasse aux faux pères.…en jouant sur l’ambiguïté de la notion de paternité. Qu’est ce qui l’emporte aux yeux des autorités, la paternité biologique ou la paternité « civile », celle de l’ADN ou celle de la reconnaissance ? Est-on père parce que l’on s’occupe de l’enfant ? Le « mauvais père » n’est- il plus un père ? etc…On le voit ,la maréchaussée va être confrontée à des problèmes philosophiques sérieux et l’on peut craindre l’absence de délicatesse des réponses.
Eric qui voit régulièrement, avec plaisir, un homme dont il porte le nom, qui se comporte avec lui comme un père et qui est reconnu comme tel par tout son entourage va avoir du mal à comprendre que c’est pour le mettre à l’abri d’une paternité que les autorités imaginent frauduleuse (5 ans d’emprisonnement et 15 000 € d’amende si cela est reconnu) que l’on veut expulser sa mère et, pourquoi pas, mettre en prison son père.
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Publié: mercredi 1er octobre 2008.
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- Rubrique: Mika en Société
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- #11 septembre 2008




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