
Il a fallu qu’en plus de la hausse des prix du transport, les prix des denrées alimentaires augmentent de façon vertigineuse en quelques mois et, qu’à bout de souffle, des hommes et des femmes, purin de la broyeuse ultra-libérale, investissent les rues de Dakar, de Rabat, d’Abidjan, du Caire, de Douala , de Port-au-Prince, de Quito mais aussi de Manille et même au-delà des frontières du Sud, de Singapour, de Washington DC, pour faire entendre à ceux qui font et défont le monde, le désespoir de ventres qui crient famine. Il a fallu que la rue parle, que la police et l’armée ripostent quelquefois violemment comme en Haïti où l’on déplore 13 morts, il a fallu ces images suffisamment poignantes pour interpeller, le temps du JT, le téléspectateur déglutissant son copieux repas du soir.
Mais surtout, il a fallu que les pays occidentaux craignent de voir la déstabilisation de l’ordre social qu’ils ont établi, pour que ce que Jean Ziegler, le rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, nomme un crime contre l’humanité soit enfin rendu public.
Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas un revers du sort ni la conséquence d’une pénurie car, rien que l’année dernière, 138 millions de tonnes de maïs ont été brûlés aux USA pour produire du biocarburant. Il s’agit d’abord d’un problème structurel créé par les plans d’ajustement structurel du FMI qui sont imposés aux gouvernements locaux depuis les années 1980. Les pays les plus pauvres dont la dette extérieure a atteint, en février 2008, 2 100 milliards de dollars sont asphyxiés par ces plans qui annihilent l’agriculture vivrière au profit d’une agriculture d’exportation censée les rendre solvables pour payer les intérêts de la dette. Au contraire, la priorité aurait dû être d’accompagner ces pays vers une autosuffisance alimentaire. Notons au passage que malgré les discours souvent empreints d’empathie vaseuse, la responsabilité française est fortement engagée puisque le ministre de l’économie et des finances français siège au FMI et y vote les plans d’ajustement structurel.
Mais ce n’est pas l’unique cause. Aujourd’hui cette crise mondiale est aussi le fait d’une partie de jeu qui se déroule sur les grandes places boursières et qui consiste à faire de la valeur coûte que coûte sans rien produire mais en excellant dans l’art et la manière de spéculer sur le dos des plus pauvres. En effet, suite à la crise des subprimes, rappelez vous ce sont ces prêts hypothécaires accordés à des familles américaines peu solvables, les spéculateurs qui se méfient maintenant des banques décident alors, pour se protéger de la chute progressive du dollar et continuer à faire fructifier leurs capitaux, d’investir sur les marchés des matières premières. C’est ainsi qu’après le pétrole et les métaux, ils se ruent vers les produits agricoles d’autant plus goulûment que certaines céréales transformables en biocarburant permettent de fixer les prix par rapport à ceux du pétrole.
Conséquence, les prix ont grimpé de façon exponentielle. Les céréales ont augmenté en 5 mois de 47% et le riz à lui seul a subi une augmentation depuis janvier 2008 de 53%. Alors quand on sait que dans les pays du Sud, les dépenses alimentaires constituent 80 à 90% du budget de la famille, on ne peut que frémir aux conséquences de cette hausse des prix. Et le constat est malheureusement sans appel : toutes les 5 secondes, quelque part sur la planète un enfant meurt de faim ; 2,2 milliards de personnes « vivent » en dessous du niveau vital ; en Haïti, par exemple, dans un pays où selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM) 6 habitants sur 10 n’arrivent plus à se procurer de la nourriture, certains en sont réduits à manger des gâteaux d’argile ; des cas de sous-nutrition sont aussi constatés chez les couches sociales les plus pauvres des pays du Nord, notamment aux USA.
L’urgence est grande. Les gouvernements locaux tentent difficilement de maintenir les prix alimentaires à des niveaux conformes au pouvoir d’achat de leur population. Que ces solutions prennent la forme de réduction de la TVA et de la taxe d’importation comme cela a été fait en Côte d’Ivoire ou qu’elles incluent la mise en place d’une « caisse de compensation », elles sont d’une part très coûteuses pour ces pays et d’autre part peu viables à moyen et long terme. Le PAM lui-même a du mal maintenant à assurer ses activités de support car avec la hausse des prix il a perdu 40% de ses moyens. Une catastrophe puisque dans certaines régions comme le Darfour c’est lui qui, en distribuant de la nourriture, assure la survie des populations.
Il est fort à parier que les émeutes s’intensifieront et se répandront dans les semaines à venir. La réalité a rattrapé la fiction. Pour beaucoup de victimes il est malheureusement déjà trop tard mais, pour sauver les générations futures, il est encore temps qu’une conscience humaniste se réveille aux quatre coins du monde.
A propos de cet article
Publié: dimanche 1er juin 2008.
- Lu à
- 285 reprises.
- Commentaires:
- 0
- Rubrique: Mikactu
- Mots clés:
- #08 mai 2008
- International
- Economie




Forum
Répondre à cet article | Haut page | Fin page