Accueil du site > Les articles du Mika > Quelques pas de Mika > Le directeur général vous reçoit

Bienvenue à la SIG

Le directeur général vous reçoit

Vous pensiez que la SIG (Société Immobilière de Guadeloupe) était une société d’économie mixte créee par l’Etat français dans les années 50 et « dotée, dès son origine, d’un objectif très large : développer et améliorer le logement en Guadeloupe ». Vous pensiez qu’elle avait donc une vocation sociale forte avec son parc de plus de 16 000 logements sociaux. Et naturellement vous croyiez que cette même SIG avait une mission de soutien et de développement de l’économie locale incontournable avec ses 8 à 10 millions d’euros de bénéfices (oui, oui bénéfices) annuels.

Bienvenue à la SIG

Eh bien figurez-vous que moi aussi, jusqu’à mon dernier séjour à Saint-Barth qui, je l’avoue, a sérieusement ébranlé mes petites convictions idéalistes au sujet de la SIG et de ses missions. Là, je sens que commence à poindre en vous une certaine perplexité, un début d’interrogation : Mais qu’es-ce qu’elle raconte ? Qu’est-ce que Saint-Barth a de commun avec le plus gros bailleur social de la Guadeloupe ? La SIG aurait-elle décidé de mettre en place un programme de logements sociaux à St-Barth, après tout ce temple du luxe doit bien produire quelques candidats éligibles aux logements sociaux ?

Non, non, non rien de tout cela… J’y ai tout simplement fait une découverte plus que surprenante, carrément décapante. Voyez-vous même…

En discutant avec mon voisin de cabine, un entrepreneur en BTP, dans l’avion qui me ramenait chez moi, je me suis informée innocemment de l’état du marché de la construction sur l’île. Lui m’a répondu goguenard : « Tu rigoles, ici, c’est la folie, je construis des villas de 4, 5 voire 6 millions d’euros. Là encore, je sors du chantier de la villa de la SIG !!! Tu verrais cela, c’est une villa superbe de près de 500 m2 de surface bâti ( pour l’essentiel il s’agit de la surface habitable et d’une grande terrasse) à plus de 4 millions d’euros (hors foncier, bien sûr !) ».

 « La villa de la SIG ? La SIG se met à la construction de luxe, maintenant ?… »

 « Mais non… C’est la villa de Dominique Ducourtioux, le Directeur Général de la SIG, et de ses amis. Mais c’est tout comme… Tu vois moi, lorsque je lui ai présenté ma première facture, il m’a gentiment rappelé que je touchais déjà pas mal en travaillant avec la SIG, et que ce serait dommage pour moi de me brouiller avec lui. Résultat, j’ai du m’asseoir sur ma facture, mais il a raison, je gagne ailleurs… »

 « Non, c’est pas vrai tu blagues ? »

 « Ne me dis pas tu que n’étais pas au courant ? Tout le monde sait ça… Mais ce que l’on sait moins, c’est que ce n’est pas la seule. Dominique Durcourtioux construit une autre villa à Moudong à plus d’1 million d’euros avec une vue sur mer imprenable. Marbres, piscine à rebord, dernier cri des techniques déco, cette demeure est un vrai petit bijou… Tu devrais y faire un tour, un de ces jours… ça vaut son pesant d’or… »

Restée sans voix, le temps de reprendre mes sens j’ai commencé à réaliser ce que signifiait les révélations nonchalamment lâchées par mon voisin.

Si tout cela était vrai, Dominique, le patron en poste de la SIG (société d’économie mixte détenue à 99% par des capitaux publics, et qui plus est, le plus gros constructeur de logements sociaux en Guadeloupe) serait en train de se faire édifier deux énormes villas à plusieurs millions à Saint-Barth et à Jarry.

Quand bien même, il financerait de sa propre poche ses somptueuses villas, se poserait, malgré tout, un véritable problème éthique, du fait de sa délicate position de Directeur de la SIG en mission pour l’Agence Française de Développement qui l’a nommé à ce poste. Trop d’intérêts s’opposent entre sa nécessaire impartialité avec l’ensemble des acteurs du bâtiment, exigée pour mener à bien les projets de la SIG, et ses besoins personnels et naturels de trouver des entrepreneurs et autres artisans du bâtiment au meilleur prix pour la construction de ses petites villas.

C’est d’ailleurs pour éviter ces conflits d’intérêts que la SIG met à la disposition de son Directeur général une résidence à Dampierre. Cette résidence a quand même fait l’objet récemment de 300 000 à 400 000 euros de travaux de rénovation pour le plus grand plaisir de Dominique. Notons au passage que 300 000 euros c’est le prix d’une villa de cinq pièces avec terrain arboré de plus de 600 m2 dans de nombreuses communes de Guadeloupe. Que ne ferait-on pas pour le confort de Dominique ? Visiblement ce n’était pas suffisant.

En poussant quelques portes et posant quelques questions, je me suis rendue compte que mon voisin de cabine n’était pas le seul à parler des villas de Dominique. Les langues se déliaient peu à peu.

On me révélait que NOFRAG, constructeur spécialisé dans la construction de logements sociaux et de bâtiments publics, industriels ou commerciaux, partenaire habituel de la SIG, serait le constructeur de la villa de Moudong, alors même qu’il ne construit pas de maisons individuelles.

On me révélait que Dominique, en bon père de famille, aurait accueilli au sein de la SIG, son gendre (en mal de reconversion après une carrière militaire remplie), en lui épargnant les incertitudes et désagréments d’une procédure de recrutement classique. Il est vrai que l’examen des C.V., l’entretien d’embauche, l’évaluation des compétences et la mise en concurrence des prétendants au poste auraient pu risquer de faire émerger des candidats plus compétents.

On me parlait souvent des mêmes amis de Dominique, notamment des patrons d’une banque privée : la « Financière Duval », venue faire fructifier les grosses fortunes de ses clients sous nos tropiques. Amis qui ont trouvé en la personne de Dominique, un formidable porte-parole de leurs intérêts, toujours prompt à les intégrer dans les projets de la SIG. Il aurait même eu des larges pensées pour eux, dans l’élaboration du projet de défiscalisation du logement social en Guadeloupe : projet qu’il a élaboré et présenté, lui-même, au Ministre de l’Outre-Mer, sous le tollé indigné de tous les acteurs et socio-professionnels locaux.

Bref, à peu près tous les partenaires de la SIG semblent ne pas porter notre pauvre Dominique dans leur cœur, chacun y va de sa petite remontrance indignée, vis-à-vis des ses us et coutumes. Entre son mépris pour nos élus locaux qu’il a aimablement l’habitude de traiter d’incapables, et son boycottage quasi-systématique des acteurs locaux compétents (architectes, entrepreneurs, ingénieurs, techniciens, etc…) qui nuit au petit marché local de la construction, on peut comprendre qu’il ne soit pas apprécié.

Pourtant tout au long de ma petite enquête, je n’ai pu m’empêcher d’être touchée par Dominique, le mal-aimé. Toute cette cabale conte lui me semblait un peu exagérée, lui, qui doit avoir un si grand cœur, caché derrière son masque de financier à la morale douteuse. Le Mika s’est alors dit qu’il fallait faire quelque chose pour remédier à cette mauvaise image.

Et là, idée grandiose… La villa de Moudong étant presque terminée, Dominique devrait sûrement prévoir de fêter comme il se doit la fin des travaux, par une pendaison de crémaillère digne d’elle Nous pensons qu’il serait honoré que tous les locataires de la SIG, voire tous les Guadeloupéens (après tout la SIG est financée à 99% par notre argent) se joignent à la fête. Ce serait un peu la maison de tout le monde… Alors prenez un crayon, je vous donne l’adresse : c’est dans le lotissement Houelbourg sur mer. Comment s’y rendre ? Rien de plus simple : Boulevard de Houelbourg à Jarry, en quittant Moudong Sud pour rejoindre le rond-point de la Voie Verte, (oui sur la toute nouvelle flambant neuve 2x2 voies), vous tournez à droite. Tout droit, vous tombez nez à nez face à un semblant de portail, continuez tout droit jusqu’au fond. Puis tournez à gauche, c’est la deuxième maison à droite. Vous la reconnaitrez.

Le quartier est bien fréquenté, n’ayez crainte pour votre voiture… Et là, vous verrez par vous même que Dominique sait vivre et recevoir… Alors bienvenue à la Guadeloupe d’en-bas dans la SIG nouvelle version : Luxe et Grand genre de Villa.

Et bienvenue à la Cour Régionale des Comptes, à la police financière, aux élus locaux, aux administrateurs de la SIG, au Préfet et autres organes de contrôle qui devraient tous se pencher sur ces sérieuses rumeurs.

Villa Moudong
Villa Moudong
Dominique Ducourtioux

A propos de cet article