
Qui connaît encore les origines anarchistes du 1er mai ? Le défilé et le muguet de « la fête du travail » sont un charmant rituel auquel certains tiennent énormément. C’est l’occasion de revoir ses amis, de ressentir ce sentiment d’exaltation que confère la communion de sa voix avec des centaines d’autres, d’avoir la bonne conscience de faire du socialisme facile. Tout ceci a-t-il encore une autre utilité ? Est-ce un réel acte de révolte, lorsque dès le lendemain chacun retourne docilement au travail faire ses heures supplémentaires, pester contre les 35 heures qui désorganisent le planning de la semaine et accepter les retours sur les acquis sociaux que représentent les réformes ultra-libérales du nain teigneux de l’Élysée ?
La cause commune des grands patrons et des dirigeants, en revanche, a su tirer des enseignements de l’Histoire pour l’exploitation des masses. Elle a compris que la terreur du chômage est incomparablement plus efficace et « médiatico-politiquement correcte » que celle des armes ; que la répression de la rébellion est bien moins opérante que son désamorçage par l’autorisation d’inoffensives grèves et manifestations…
La commémoration, le 8 mai, de la fin de la seconde guerre mondiale est, elle au moins, sans doute une bonne chose, non ? Ne serait-ce que pour honorer la mémoire des héros tombés pour la France. Issu d’une génération privilégiée, n’ayant pas reçu suffisamment de « plomb dans la tête » pour apprécier les valeurs du patriotisme et d’une « bonne guerre », je ne saurais le dire. En revanche, si le but des interminables cérémonies commémoratives est de nous empêcher d’oublier, afin que plus jamais de telles horreurs ne se reproduisent, force est de constater que c’est un échec retentissant ! J’en veux pour preuve la recrudescence actuelle de l’extrême droite dans toute l’Europe, du fascisme dans le monde entier, et n’oublions pas que Hitler était lui aussi un ambitieux orateur démagogue de petite taille, frustré, agressif et assoiffé de reconnaissance, mégalomane saturateur de médias, parvenu au pouvoir par les urnes…
De plus, fêter la fin de la guerre, ne semble pas devoir en empêcher de nouvelles. D’ailleurs, le monde ne vacille-t-il pas au bord du gouffre d’une nouvelle guerre sainte mondiale, complaisamment baptisée « Guerre contre le Terrorisme », dont la Télévision officielle de notre camp taît soigneusement les causes, tout en diabolisant l’Ennemi ? Le 27 mai, nous fêterons les 160 ans de l’abolition de l’esclavage. S’il a effectivement été aboli, Il a tout de même laissé de profondes séquelles dans la société et la mentalité antillaises. Ne serait-ce pas les symptômes d’un excès de mémoire, un peu comme le légitime traumatisme de la Shoah dans la communauté juive ne peut s’apaiser avec les années, à force d’en raviver les plaies par d’omniprésents gargarismes commémoratifs…
La fin de l’esclavage remonte tout de même à six ou huit générations, peut-être serait-il temps de passer à autre chose et d’aller de l’avant, non ? Il existe une espèce de victimisation, voire une fierté malsaine à avoir eu des ancêtres esclaves. Pour certains d’entre nous, tout est de la faute de l’esclavage et des esclavagistes, c’est une rancune vivace émergeant rapidement dans tous les rapports avec les « blancs », qui sont forcément des colonialistes pro-esclavagisme. Il est un peu aisé à mon sens d’accuser l’autre de tous ses maux car « l’on ne peut demeurer longtemps esclave, à moins de l’avoir accepté ». Peut-être serait-il plus constructif d’adopter les idéaux de liberté, de courage et d’initiative d’un Delgrès, d’un Ignace ou d’un Nèg Mawon, plutôt que de se contenter d’en évoquer la mémoire avec nostalgie et une fierté usurpée. Entendez-bien, amis syndicalistes, travailleurs, anciens combattants, juifs, indépendantistes ou indifférents, que je ne prône en aucun cas la paix d’esprit que procurerait l’oubli insouciant du passé. Simplement, je rêve du jour où chaque Homme saura s’inspirer de l’Histoire pour se forger son opinion propre et ainsi éviter de reproduire les erreurs de ses aînés, plutôt que de dilapider son énergie en vaines commémorations. Mais peut-être est-il aussi stérile de rêver que de commémorer…
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Publié: dimanche 1er juin 2008.
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- Rubrique: Dossier
- Mots clés:
- #08 mai 2008
- Histoire
- Travail




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