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La mère-patrie et ses colonies

Mayotte : retour du bâton de la Françafrique

Que s’est-il passé, le 27 mars 2008, à Mayotte, cette « collectivité départementale d’outre-mer française » ? Certains médias nationaux ou de la Réunion font état d’une « chasse aux blancs » qui s’est abattue sur la population métropolitaine lors de ce « jeudi noir ». Parlons un moment des causes de ces événements, de leur déroulement et des questions qu’ils soulèvent...

Les Comores sont un archipel d’îles dans le canal du Mozambique, entre le continent africain et Madagascar, composé de quatre îles : la Grande Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte. Elles ont été colonisées par la France en plusieurs étapes à partir de 1841, soit tardivement, au regard de notre histoire. Dans les années 70, la France organise des référendums pour chacune des îles et seule Mayotte choisit de rester française. Cette décolonisation partielle n’a jamais été acceptée par les autres îles devenues République Fédérale Islamique des Comores, ni d’ailleurs par l’ONU.

Quoi qu’il en soit, la France a tardé à lâcher la bride sur les Comores. En 1975, dès la soi-disant indépendance des trois îles, le célèbre mercenaire français Bob Denard fait des Comores son fief par un coup d’état et se maintiendra aux commandes jusqu’en 1989, installant ou chassant les dirigeants officiels. Il ne sera inquiété que symboliquement par la justice française. En 2000, c’est Saïd Abeid Abdérémane, ancien militaire français, qui sera chassé du pouvoir à Anjouan et trouvera refuge paisiblement à Mayotte puis à Toulouse. C’est dans cette lignée de dirigeants pro-français, pour qui l’impunité est la règle, que s’inscrit visiblement le Colonel Bacar.

C’est cet homme et plus particulièrement le refuge providentiel qu’il a trouvé à Mayotte qui ont provoqué la flambée de violence ce 27 mars. Il a été, depuis 2001, le dirigeant de l’île d’Anjouan, voisine de Mayotte. Sa réélection en 2007 a été entachée d’illégallité et son régime s’est terminé dans un climat de terreur. L’intervention militaire, menée le 26 mars par l’Union des Comores et l’Union Africaine, visait à arrêter Bacar. Seulement il leur a échappé, plutôt tranquillement, dans des circonstances floues... peut-être à bord de l’Anjouanaise, une vedette rapide offerte en 2006 par le Port Autonome de Nantes (présidé « comme de par hasard » par Michel Quimbert, qui n’est autre qu’un des avocats de Bacar). Il accoste tout aussi tranquillement à Mayotte, visiblement sans être détecté par le système de radars mis en place pour la lutte contre l’immigration clandestine dont la préfecture vante l’efficacité.

Il faut bien reconnaître que le colonel est un intime de la République Française : il a étudié à l’Université Navale de Brest en 1984 et dans les années 90 à l’Ecole de Gendarmerie de Melun, ses enfants vivent en France et son frère, Daniel Bacar, est un cadre de la Sécurité Sociale à Mayotte. C’est d’ailleurs chez ce dernier que le dictateur trouvera refuge. Comme le fait remarquer Rémi Carayol, rédacteur du journal Kashkazi, « on ne laisse jamais tomber un soldat ». D’ailleurs, après le débarquement des troupes Comoriennes, la télévision diffusera les images de caisses de munitions, retrouvées au domicile du fuyard, portant l’inscription « Ambassade de France - Moroni ».

La nouvelle de l’arrivée de Bacar à Mayotte se répand comme une traînée de poudre dans l’île, ce qui va prendre de cours les autorités. Il faut savoir que la population est y composée d’un tiers de ressortissants d’Anjouan, parmi lesquels on compte évidemment des victimes du régime de Bacar. Dès le lever du soleil, des rassemblements tentent d’empêcher la fuite de Bacar à la Réunion par l’aéroport. Des manifestations ont lieu dans tout le pays pour protester contre la protection que la France accorde au dictateur et réclamer qu’il puisse être jugé aux Comores pour les accusations « de détournements de fonds publics, homicides volontaires, viols, tortures et autres violences contre les habitants d’Anjouan ». Mais une minorité de manifestants s’en prend violemment à des métropolitains : les wazungus comme on les appelle. Plusieurs passages à tabac ont lieu et trois personnes sont, brièvement, prises en otage afin d’être échangées contre Bacar. Le bilan officiel est heureusement plus léger qu’on pourrait l’envisager : 18 blessés, dont 2 graves et dont 5 sont des métropolitains. Mais ces incidents provoquent un vent de panique dans l’île parmi la population blanche, alimenté par des rumeurs jusqu’ici infondées de viols et de morts, amplifiées par certains médias.

La situation des sans-papiers originaires d’Anjouan n’était déjà pas enviable : un respect des procédures qui, au mieux, laisse à désirer, les pires conditions de détention constatées au centre de rétention administratif et une cadence infernale de rafles et d’expulsions avec les dérapages que cela implique. Rappelons que face à l’objectif de 25000 expulsions brandi par Hortefeux, pas moins de 16000 ont été menées à Mayotte en 2007. Depuis ce « jeudi noir », une véritable hystérie s’est emparée des médias et de la population de Mayotte, pour réclamer la plus grande fermeté de l’Etat à l’encontre des Anjouanais. Les arrestations se déroulent désormais au rythme de 300 par semaine... mais le gouvernement des Comores refuse désormais d’accueillir toute reconduite à la frontière. En parallèle, le processus de départementalisation de Mayotte a été accéléré et, ainsi, un référendum sur le statut pourrait être organisé en mars ou avril 2009, selon M’hamadi Abdou, vice-président du Conseil Général.

Autre lieu, autre histoire, mais une trajectoire parallèle : Mayotte et plus largement les Comores doivent nous interpeller. Nous ne sommes pas, à plus de 12000 km, les mieux placés pour porter un quelconque jugement. Mais là-bas non plus, le statut politique, ne dit pas tout d’une réalité complexe. Contrairement aux îles de la Caraïbes, où les Antilles Françaises sont isolées médiatiquement et ont la possibilité d’ignorer l’existence de leurs voisins, Mayotte est rattrapée par une histoire commune avec les Comores, où sévissent les réseaux françafricains. Là-bas aussi, la lutte anti-immigrés a pour but de nier la proximité de frères historiques et culturels, dont le destin nous concerne, malgré les frontières ou je ne sais quelle identité nationale, quand bien même elle serait dangereusement glorifiée par le gouvernement français.

Ce qu’ils ont dit sur Mayotte...

 L’ONU dans ses résolutions du 21/10/1976 :

« 1-condamne les référendums du 8 février et du 11 avril 76 organisés dans l’île comorienne de Mayotte par le gouvernement français et les considère comme nuls et non avenus, et rejette :

a) toute autre forme de référendum ou consultation qui pourrait être organisée ultérieurement en territoire comorien de Mayotte par la France.

b) toute législation étrangère tendant à légaliser une quelconque présence coloniale française en territoire comorien de Mayotte.

2— condamne énergiquement la présence française à Mayotte qui constitue une violation de l’unité nationale de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la république indépendante des Comores

Le Président François Mitterrand, lors de son voyage aux Comores en 1990 : « La loi séparant Mayotte des Comores est une loi injuste. »

Michel Rocard, lundi 28 janvier 2000, à Washington : « Au regard du droit international, l’administration de Mayotte par la France est illégale ».

S’informer sur les Comores...

La majorité des informations utilisées pour écrire ce topo sur la situation à Mayotte sont issues du numéro 71 de Kashkazi. Kashkazi est le seul journal indépendant des Comores, toutes nationalités confondues. Créé par trois journalistes professionnels, il permet de s’informer complètement sur l’actualité de cet archipel par des articles d’une très grande qualité. Je vous laisse découvrir la présentation de ces confrères sur leur site www.kashkazi.com. Sachez, tout de même qu’ils entendent démontrer « que ce qui unit les îles de l’archipel est infiniment plus riche que ce qui les différencie ». Un message évidemment destiné à tous ceux qui oeuvrent à diviser les peuples des Comores pour mieux y régner.


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