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Que symbolise Mai pour vous ?

Mé andidan listwa Gwadloup

« Battre un esclave c’est le nourrir » dicton des colonies françaises du XVIIIème siècle.

« Or, les êtres humains ont besoin de la mise en histoire de leur passé pour porter leur humanité. Les peuples de la Caraïbe ne sont nullement une exception de ce besoin de l’esprit humain. Ils sont eux aussi conviés à faire bon usage de leur héritage. Mais en lieu de savoir cohérent, ils ont reçu sur eux-mêmes des histoires déconnectées des événements réellement passés, des romans, des mythes de supériorité ethnique, des récits légendaires de bataille, de révoltes, une histoire faite de héros et de victimes. »

(In « Histoire et civilisation de la Caraïbe : tome 1 le temps des Genèses des origines à 1685 » préface de Sir F. Roy AUGIER, professeur émérite à l’Université des West Indies (Jamaïque), auteur de « The Making of the West-Indies », somme historique fondamentale sur l’histoire des Caraïbes, Sir Roy fut également président du Comité éditorial de la General History of the Carribbean (UNESCO).)

Répondre à la problématique posée par la rédaction du « Mika » « Que signifie le mois de mai dans l’histoire de la Guadeloupe ? » embarrasse forcément l’historien. En effet, le prisme de nos problématiques est généralement globalisant, tenu que nous sommes par la démarche méthodologique qui est nôtre, (re)contextualiser d’emblée toute question puis la lier à celles qui antérieurement la posent et postérieurement fondent les nouvelles dynamiques ou situations historiques. La question posée dans sa brutale simplicité nous a d’abord désarçonné car ne répondant pas aux critères de notre méthode ainsi qu’à un certain formatage intellectuel voire dans le cas présent, idéologique. Cependant, force est de reconnaître qu’ainsi formulé, le questionnement retourne, à l’historien, la perception du public lambda interrogeant sa démarche de vulgarisation et recentrant de ce fait, ses possibles réponses.

À dire vrai, nous avons bien tenté de répondre à la question mais, une fois énumérées les grandes dates de ce mois emblématique et les événements qui s’y rapportent, il faut bien constater qu’aucune signification de type historique particulière – c’est-à-dire l’identification d’une ou de plusieurs raisons spécifique(s) expliquant de façon argumentée la conjonction de faits historiques majeurs lors de ces 31 jours cruciaux - ne semble pouvoir s’y rattacher. Cependant, ce premier niveau de réponse immédiate portée ne pouvait nous satisfaire, car – à notre sens – la question induit des réflexions particulières quant à la compréhension, par le plus grand nombre, tout à la fois des dynamiques à l’œuvre sous ses yeux et d’une première approche de problématiques historiques fondamentales pour une bonne compréhension de l’histoire de nos espaces et plus précisément ici des multiples questionnements liés à ce particulier mois de mai en Guadeloupe.

Une des premières nécessités, est de s’entendre sur les termes et les concepts qui les sous-tendent. Trois termes clés doivent être ici, explicités qui s’entrelacent encore confusément, ici comme ailleurs. « Passé », « Mémoire », « Histoire ».
« Passé », nom masculin pour le Grand Larousse, signifie : « Temps écoulé, vie écoulée antérieurement à un présent donné »,
« Mémoire », nom féminin, « Souvenir que l’on garde de quelqu’un, de quelque chose, ce qui reste ou restera dans l’esprit des hommes ».
« Histoire » ici les choses se corsent, deux définitions peuvent retenir notre attention : nom masculin d’abord, « Relation des faits, des événements passés concernant la vie de l’humanité, d’une société, d’une personne. » ensuite, « Science qui étudie le passé de l’humanité, son évolution ».
À l’impensée du passé, succession de faits bruts, s’oppose la hiérarchie des actions, reformulée dans une lecture ordonnée selon un éclairage didactique et pédagogique précis, celle de « l’Histoire » et de ses possibles et multiples interprétations.

Dans le cas qui nous préoccupe aujourd’hui, celui du corps social guadeloupéen, nous avons progressivement gravi la pente de la quête collective. Concernant ce fameux mois de mai - mais aussi dans un mouvement global de l’ensemble de la sphère des événements antérieurs – nous avons cheminé d’abord de la notion de « Passé », manteau pudique d’une immense ignorance savamment entretenue par les pouvoirs coloniaux, à celle « d’Histoire » fondamentalement attachée à la dimension politique à travers son émergence tout à la fois comme outil de revendication et d’analyse du « Fait National Guadeloupéen ». Cette première émergence historique s’est cristallisée dans une « Mémoire » collective à laquelle le mois de mai a servi de composante fondamentale comme facteur de congruence et de réappropriation collective. Nous renvoyons pour cela aux commémorations récentes des « 150 ans de « l’Abolition de l’esclavage » puis à celles du « Bicentenaire de Mai 1802 » respectivement célébrées en mai 1998 et 2002. La fièvre et la ferveur mémorielle ainsi manifestées et une fois dépassées ont ouvert la voie à une soif d’appropriation généralisée et transversale de la société guadeloupéenne dans l’ensemble de ses composantes et de ses classes d’âge.

C’est l’étape à laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Celle d’une volonté d’appropriation collective et d’un ressourcement nécessaire à une refondation des cadres de pensée, une refondation arc-boutée sur une connaissance historique affranchie de ses scories idéologiques passées. En effet, l’ampleur et la puissance de l’actuelle demande historique et intellectuelle émanant de notre société imposent une démarche de restitution franche, ouverte, multiforme et non instrumentalisée. À ce titre, elle se démarque - quoique affiliée aux premiers temps de l’émergence historique évoquée ci-dessus - de cette dernière par son caractère massif et fondamentalement indépendant de tous types d’organismes partisans, tout en affirmant résolument son ancrage : « Être ce que nous sommes ». C’est à ce prix que nous construirons ensemble un « être ensemble » solide et serein car réellement assumé.
Trois exigences conceptuelles pour cela  :
Inscrire notre histoire au creux de sa vraie matrice, celle de l’aire civilisationnelle méso-américaine,
Penser les temps forts et les ruptures de sa périodisation à l’aune de sa réinscription dans cet environnement,
Concevoir les réaffiliations symboliques induites par ces diverses mutations, particulièrement pour le groupe des afro guadeloupéens toujours marginalisés sur les terres qu’il a fécondées.


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