Créée en 1924 pour la gestion des intérêts français dans la compagnie irakienne Iraq Petroleim Company, l’entreprise a englouti Petrofina et Elf Aquitaine pour devenir la Total qu’on connaît aujourd’hui. Pour le journaliste Francis Christophe, « l’absorption d’Elf par Total était une manoeuvre cosmétique visant à gommer l’image très écornée des deux géants du pétrole français en Afrique et en Asie ». Il fait sans doute référence, notamment, au soutien d’Elf aux différentes dictatures imposées, de fait, aux états africains après les « indépendances ». Dès sa création, Elf, « Etat dans l’Etat » en France, mène une véritable « diplomatie parallèle » en Afrique sous la direction de Pierre Guillaumat, fondateur des services secrets français (avouez que le mélange des genres en dit long). L’influence du groupe y est telle que bien des choix politiques en Afrique ont toujours dépendu de ses intérêts. Total veut se débarrasser de l’image d’Elf et c’est compréhensible. Les dirigeants changent, mais il suffit d’examiner les pratiques actuelles de Total pour comprendre qui mène encore la danse en Afrique.
Total au Congo
Au sujet de l’implantation d’Elf au Congo, François-Xavier Verschave écrivait « Sassou Nguesso [président depuis 23 ans] a un grand mérite : il ne réclame pour son état que 17% de redevance sur la production pétrolière déclarée et se montre très compréhensif sur les cargaisons non déclarées (...) Depuis 1997, les modalités de partage de production ont changé, mais non le principe du partage et de pillage ». C’est qu’en échange de cette cession quasi gracieuse des ressources du Congo (17% alors qu’en comparaison le royaume d’Arabie Saoudite ou le Venezuela ont nationalisé leur pétrole, qui leur appartient donc entièrement), le dictateur semble se servir largement. Le Fonds Monétaire International remarquait la « disparition » des comptes du pays en 2001 de 248 millions de dollars provenant de l’extraction du pétrole...
Dans Afrique, pillage à huit clos, le journaliste Xavier Harel examine le cas du gisement de Likouala, qui avait été offert à Elf. Total a rendu à l’état congolais ce gisement, signe ostensible de la trop bonne entente entre Elf et le régime précédent, de Lissouba. Il a été ensuite revendu à une société écran du nom de Montrow international Ltd, financée par la BNP. Le journaliste découvre que le gisement est en fait administré par ... le responsable du développement durable de Total Exploration Congo. C’est beau comme une publicité de Total en faveur des énergies renouvelables.
Très loin, bien au dessous des liasses de billets que ces grands hommes sanguinaires échangent avec Total, le peuple du Congo survit au milieu de la misère et des différentes exactions de militaires ou de groupes armés.

Total au Soudan
C’est inscrit clairement dans le rapport d’activité 2007 du géant pétrolier : « Total n’a pas d’activité en cours au Soudan. Aucune activité de production pétrolière ou gazière n’y est conduite par le Groupe et, à ce jour, le Groupe n’a fait aucun investissement significatif dans ce pays. ». Pourtant, quelques paragraphes plus loin, le rapport envisage, au chapitre des « risques associés à des facteurs politiques », que soient appliquées à Total les récentes lois américaines, qui imposent aux fonds de pensions de vendre toutes leurs actions dans des sociétés exerçant une activité au Soudan. C’est présenté comme un risque, non parce qu’il est mal de financer des états commettant des exactions sur des civils, mais parce que ça pourrait faire baisser le cours de l’action, évidemment. Seulement, au final, il faudrait savoir : le groupe Total a-t-il oui ou non des activités au Soudan ?
Le 2 juillet 2008, c’est clair, puisque Total annonce officiellement la reprise de ses activités d’exploration dans le pays. Cela implique nécessairement de verser, officiellement ou non, de l’argent au gouvernement du Soudan, dont le Président Al Béchir est alors sous le coup des accusations de génocide, crime contre l’humanité et crime de guerre auprès de la Cour Pénale Internationale. D’après la dépêche de l’AFP qui l’annonce, Total est alors la seule major occidentale à s’impliquer dans ce pays frappé de sanctions internationales. Jean Lassalle, directeur des relations extérieures, se veut rassurant « Notre présence doit clairement bénéficier aux populations du Sud Soudan qui sortent d’une longue guerre en contribuant à la pacification, au développement, aux droits de l’homme et à la démocratie ». Cela ne vous rappelle-t-il pas le discours de Total sur la Birmanie, dont nous vous parlions dans le Mika n°9 de juin ?
Total dans votre voiture
Car Total, après tout, c’est aussi la marque à qui l’on achète de l’essence. Ce sont aussi Elf et Total qui créèrent en 1967 la SARA, la Société Anonyme de la Raffinerie des Antilles.
Reconnaissons-le : pour Total ou toutes les autres multinationales, en Afrique, un bon vieux dictateur c’est bien pratique : ça assure, pendant les longues décennies de son règne l’assurance que les éventuelles velléités de réappropriation du pétrole par les peuples (qui au vu de leur misère en auraient pourtant bien besoin) seront écrasées dans le sang. Et on pourra se plaindre tant qu’on veut de l’augmentation du prix de l’essence, il me semble qu’au nom des peuples d’Irak, d’Afghanistan, du Congo, de l’Angola, du Nigeria, du Gabon, de la Birmanie et de bien d’autres lieux, nous ne paierons jamais assez cher.
Pour plus d’infos, consulter le dossier Diplomatie, Business et Dictatures de l’association Survie...
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Publié: samedi 1er novembre 2008.
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- Rubrique: Mikactu
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- #12 Octobre 2008




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