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Concours de l’expulsion du mois

Petite leçon de populisme sur la question de l'immigration :

Le Maître Lurel nous fait la leçon en prenant l’exemple du Congrès sur l’immigration en du 15 avril 2005
L’affaire Jephté (ce petit garçon sauvagement expulsé en Haïti entre deux cyclones) a initié une nouvelle donne dans les discours et prises de positions de nos politiques sur la question de l’immigration. Mais en ces temps d’émois politiques sous toutes ses formes (déclarations tremblantes, lettres idignées aux autorités compétentes, rapprochement soudain auprès des associations militant contre la xénophobie...), il est toujours bon de se rappeler les émois d’hier de ses mêmes politiques. Le mika se propose de republier un article de son n°2 qui éclaire les propos récents de M.M. Gillot et Lurel sous une lumière un peu moins glorieuse...

15 Avril 2005, tard dans la nuit, sur les ondes de « Radio Guadeloupe », des auditeurs s’expriment… « -Je tenais à dire Merci à Mr. Lurel parce qu’il prend en compte les vrais problèmes de la Guadeloupe ! »… « -Woulô Bravo, à Mr. Lurel pour les vedettes qu’il va donner à la police… Ca pouvait pas durer comme ça !!! »…

Mais comment Mr Lurel a-t-il fait pour être aussi populaire (surtout à cette heure tardive) ? Réponse : il a fait « un coup de populisme » tout simplement !!! Alors que tous ceux qui veulent faire comme lui prennent leurs stylos, le cours de « populisme » en 4 leçons, délivrées par le Maître Lurel (himself) va commencer…

- Leçon n°1 : Organiser (ou faire organiser) un important Congrès des élus sur la question de l’immigration, alors même que ce congrès n’a aucune compétence en la matière

Mais à quoi ça sert me direz-vous ? C’est la force du symbole, l’impact de l’image : l’élu qui s’intéresse aux problèmes du peuple… Compris… Surtout se faire bien voir et faire un discours sérieux de type appel criant au durcissement de la lutte contre l’immigration en Guadeloupe, entremêlé de tout de même de petits débris d’une pensée humaniste (on n’oublie pas ses convictions politiques socialistes), saupoudré de quelques lieux communs nourrissant les fantasmes et les peurs populaires contre les immigrés, et sans oublier bien sûr les inimitables citations latines (ça fait instruit !). Même si les intellectuels du pays vous reprochent de flatter les fantasmes et les peurs populaires alors que le contexte est sensible et qu’un certain Ibo Simon a ouvert les « voix » aux dérives xénophobes, n’écoutez pas ces mauvaises langues…

Ecoutez plutôt la voix du Maître Lurel dans son fameux discours : « Nous avons le devoir d’affronter les attentes, les inquiétudes et les peurs de ceux qui nous ont élus.(…) Cela ne signifie pas que nous devons épouser toutes ces attentes, toutes ces inquiétudes et toutes ces peurs. (…) Non, ce que les Guadeloupéens attendent, c’est de savoir que face à un problème lancinant et profond, qui touche aux racines mêmes de notre société, qui nous interpelle dans notre vécu de peuple et qui nous pose la question de l’altérité, de notre rapport à l’autre, les élus des collectivités locales ici rassemblés peuvent s’accorder sur un diagnostic pour, ensuite, cheminer ensemble dans l’action. »

Soit dit en passant eviter quand même les graves excès tels que qualifier l’immigration en guadeloupe de « problème lancinant et profond, qui touche aux racines mêmes de notre société »

-Leçon n°2 : Avoir des propos limites tendancieux, mais en prenant soin d’équilibrer toujours avec un peu humanisme

Exemple du Maître Lurel : Il nous fait un historique quelque peu douteux des migrations en Guadeloupe : « Nos sociétés ont d’abord été confrontées à une migration forcée qui a constitué avec la traite négrière le principal vecteur de peuplement de notre région. Ce n’est que consécutivement aux différentes abolitions de l’esclavage et au début du XXe siècle que les populations concernées acquièrent la possibilité de migrer volontairement. La première vague de migrations volontaires est observée en 1914 avec des milliers de Jamaïcains, Barbadiens Guadeloupéens et Martiniquais qui s’en vont contribuer à la construction du canal de Panama. Aujourd’hui encore, la migration forcée est largement de mise et se manifeste sous sa forme la plus patente par un trafic humain qui alimente les réseaux internationaux de pratiques odieuses. Il est par ailleurs important de rappeler que l’Amérique du Nord et l’Europe demeurent les cibles prioritaires des migrants caribéens. Au cours des quarante dernières années, cette migration extra-régionale a été dix fois supérieure aux flux internes à la Caraïbe.(…) »

Alors ici délibérément sont mises dans le même panier des « migrations » : la traite négrière, la migration vers le Panama et les migrants caribéens… La seule distinction entre ces trois types de « migrations » c’est que la migration vers le Panama était volontaire… La traite négrière et les migrants actuels caribéens sont quant à eux, mis exactement sur le même niveau : ce sont des migrations forcées… Raccourcis historiques douteux, mais assumés, c’est le secret !! Mettre l’esclave de la traite négrière au même niveau que l’immigré caribéen d’aujourd’hui (surtout quand on sait que des propos xénophobes tendant à inférioriser les immigrés haïtiens ont été proférés sur les médias, il n’y a pas si longtemps) est une attitude risquée… Mais elle permet de surfer sur un imaginaire tendancieux et dangereux, et c’est toujours bon l’imaginaire…

-Leçon n°3 : Entériner au passage quelques fantasmes populaires sur líimmigration

Ex. toujours du même discours : « Par ailleurs, la migration sanitaire mérite d’être signalée. La Guadeloupe et la Martinique représentent des pôles sanitaires attractifs pour leurs voisins caribéens. Enfin, il y a lieu de mettre en évidence le fait que dans le bassin caraïbe, les migrations qui se développent sont essentiellement féminines. »

Là il faut jouer sur les ambiguïtés, jouer sur les images aux quelles les mots renvoient plutôt qu’ à leur sens… La « migration sanitaire » signifie la migration liée aux soins (qui peut être entendue au sens large), mais l’image du terme « sanitaire » peut renvoyer au social et aux aides sociales… Ainsi l’idée de la « migration des aides sociales » réveille les peurs sur l’immigré qui viendrait profiter de « nos »aides sociales… C’est la même technique pour l’image de « l’immigration féminine » qui renvoie aux préjugé des immigrées qui viennent mettre au monde des « Français du sol », ou pire les délires paranoïaques d’un complot de repeuplement fomenté par les immigrés…

-Leçon n°4 : Prendre des décisions que l’on pourra mettre à son bilan politique

Le congrès en question a rédigé 4 résolutions toutes votées à l’unanimité par tous les élus Guadeloupéens. Résolutions qui ont fait leur chemin pour aboutir à des lois concrètes … En vrac, maintenant les autorités peuvent interpeller les immigrés clandestins en mer jusqu’à 20kms de nos côtes. Les immigrés faisant l’objet d’un arrêté de reconduite à la frontière ne bénéficient plus de la possibilité de faire un recours suspendant cette reconduite, ce qui signifie qu’ils sont mis dans l’avion coûte que coûte, même si ils ont entre temps saisi le Tribunal Administaritif pour contester leur arrêté (Pour informations ces dispositions extrêmement répressives sont dérogatoires et ne s’appliquent pas en France, ni en Martinique d’ailleurs…

Il faut dire qu’ils n’ont pas un Lurel comme nous qui prend à bras le corps leurs « vrais problèmes » !!!!) ect… Bref après le blabla, les actes (répressifs) doivent suivre… Et c’est précisément là que l’opération est intéressante pour l’homme politique : car il pourra se prévaloir d’un bilan et d’une action volontariste… Par exemple pour le Maître Lurel, en s’emparant de la très populaire thématique de l’immigration, il s’engage sur un terrain glissant hautement sensible, avec toutes les dérives xénophobes qu’elle peut générer, mais il pourra transformer son bilan sur cette thématique populaire en vivier de voix pour une éventuelle réélection… Et après tout, c’est cela qui compte vraiment ?!

Retrouvez l’intégralité du discours de Mr. Lurel du Congrès sur les « Problématiques de l’immigration en Guadeloupe » du 15/04/2005 sur le site du Conseil général

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