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Prise d'assaut de la batterie de choisy

Vous avez carte blanche pour endommager voire même détruire tout ce qui constitue le patrimoine bâti de l’île. N’ayez pas de remords à le faire puisque de toute façon notre mémoire sera bientôt confinée dans un colossal Mémorial ACTe. Donc, continuez à construire n’importe où en flirtant avec les prescriptions du plan d’occupation des sols ou sa version relookée, le plan local d’urbanisme.

De toute façon, ce n’est pas la DRAC qui vous en empêchera puisqu’elle ne sera pas consultée lors de l’instruction de votre permis de construire. Et encore moins l’architecte des bâtiments de France, qui s’empressera de vous valider votre projet sans faire aucune objection. Je ne parle même pas du soutien appuyé et renouvelé que vous aurez de certains maires à tel point que l’on peut se demander si la notion d’intérêt général n’est pas finalement qu’une vaste illusion électorale.

Si vous ne savez pas comment démarrer l’opération destruction, peut-être pourriez-vous vous inspirer d’un projet en cours au Bas du Fort au Gosier, juste avant le Novotel (non, pas le Marisol, là il est déjà trop tard pour vous donner des leçons pratiques). Il s’agit de la future résidence Bleu de Mer, un programme de 33 logements (sur 4 étages)conduit par la SCI Bleu de Mer pour le compte de la Foncière du logement. Au-delà de l’accaparement, une fois de plus du littoral, le projet est un bon exemple de la mise en danger volontaire d’éléments de notre patrimoine : il est situé à proximité d’une des dernières batteries du XVIIIe siècle, la batterie Choisy qui assurait la défense des accès de la rade de Pointe-à-Pitre et en particulier du Fort Louis. Le programme de logement en lui-même ne touchera pas à la batterie mais il est certain qu’avec plus de 5 000 m2 d’assiette foncière celle-ci va devoir céder sa place à des parkings, des trottoirs ou des allées et ne sera alors visible que sur d’anciennes cartes.

Les intentions de la Foncière du logement sont peut-être louables si, comme il est indiqué sur son site, elle veut offrir aux salariés des entreprises du secteur privé des logements locatifs de qualité. Pour financer ce projet résidentiel elle bénéficie d’un prêt locatif social qui lui octroie non seulement un très bon taux d’intérêt mais également des avantages fiscaux non négligeables. Une des conditions d’obtention du prêt : les futurs locataires doivent en faire leur résidence principale pendant une période de 15 ans.

Un peu embêtant quand même pour une zone à vocation économique tourné vers le tourisme. Peut être que la foncière du logement ne le savait pas ? Par contre, on ne peut pas en dire autant de la société qui construit pour elle, la SCI Bleu de Mer. Sa dirigeante, Mme Errera, lui a revendu le terrain de même qu’elle avait, à l’époque, revendu le terrain du Marisol à Fisher et à son ami Crenn pour leur grosse opération en défisc’.

Errera, elle, sait ce qui peut et ne peut pas se faire sur la zone. Elle sait que le permis n’aurait pas dû être accordé puisque non respectueux de certaines règles d’urbanisme. Mais elle sait surtout combien peut lui rapporter une telle opération, elle qui avait dû céder bon gré mal gré les terrains du Marisol en raison de difficultés financières. Elle a vite rebondi. Il faut dire que quand, les administrations vous déroulent le tapis rouge, il serait bête de ne pas foncer.

Quant à la batterie….Pfff…..On ne va pas faire un caca nerveux pour quelques blocs de pierre. Blocs de pierre qui, soit dit en passant, auraient dû depuis longtemps être mis en valeur par tout un chacun surtout sur une zone qui se veut touristique ! Allez, bonne formation ! Si vous êtes un bon élève, on s’attaquera par la suite à d’autres pans du patrimoine. Que diriez-vous d’une superbe résidence ultra-méga-sécurisée au Fort Fleur d’Epée ? Ou alors, un gigantissime complexe hôtelier le long des sublimes falaises d’Anse Bertrand à l’endroit où se trouvent des vestiges de l’époque précolombienne ? Qui sait si la réalité n’a pas déjà dépassé la fiction ?


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