Accueil du site > Les articles du Mika > Dossier > Quels étaient vos modèles et repères dans votre jeunesse ?

Quels modèles pour quelle(s) jeunesse(s)

Quels étaient vos modèles et repères dans votre jeunesse ?

Ils nous ont dit :

Monique, 36 ans.

Depuis toute jeune, j’ai toujours été sensible au traitement fait aux femmes. Sans être féministe, j’ai toujours soutenu et apprécié les combats qu’elles livraient pour plus de reconnaissance, de liberté. C’est pourquoi, j’admirais Simone Veil. Bien qu’elle ait vécu l’enfer des camps de concentration, elle a incarné le renouveau. Elle s’est battue pour que nous ayons le droit d’avorter. C’est aujourd’hui, grâce à elle, que nous ne nous posons plus de questions sur le choix de la maternité alors que ce n’était pas gagné. D’autres femmes m’ont beaucoup marquée comme Gerty Archimède pour son combat d’avocate ou encore Mauricia Rangassamy. Les mouvements populaires, notamment celui du Gong, ont éveillé en moi la révolte contre le fonctionnement établi dans notre société. L’effervescence était telle ! J’appréciais ce « dézòd pou mèt on lòd ! »

Manuel, 14ans.

J’aime bien mon papa. Il travaille sans jamais prendre de vacances et est très généreux. Mais, travailler autant ne m’irait pas. J’aurais aimé être comme mon oncle. Il gagne bien sa vie. Moi, je veux de l’argent pour ne pas avoir à compter tous les mois et faire ce que j’ai envie de faire. Sinon les chanteurs et tout ça, j’aime bien mais je ne veux pas être comme eux. Ils te font croire dans les clips et dans la télé que c’est facile de gagner de l’argent mais en vrai ce n’est pas ça. La famille, c’est important. On n’a qu’une seule famille, il faut être bien avec eux.

Séverine, 26 ans.

Plus jeune, je n’avais pas de véritable modèle. Je voulais plutôt être un mix de mes parents. Plus tard, en classe nous avons étudié un texte à propos de Rosa Parks. Ensuite, j’ai lu « La force d’aimer » de Martin Luther King et j’ai été marquée par cet élan d’amour si fort alors que les blancs étaient si injustes. J’ai donc essayé de propager cette idée autour de moi. Ensuite, des expériences du racisme en France m’ont rapprochée de Malcom X. Je crois que leur couleur de peau a beaucoup compté dans cette identification. Au niveau musical, Michael Jackson remportait tous mes suffrages. C’est seulement pour comprendre ses chansons que je me suis accrochée au cours d’anglais à l’école.

Josianne, 53 ans.

je n’avais pas de véritable héros. Je n’en ai jamais eu et ai toujours essayé de suivre ma propre voie. Cependant, j’ai été marquée par deux enseignantes, quand j’étais au lycée. Elles suscitaient mon admiration par leur élégance, leur allure, le fait qu’elles s’exprimaient si bien... Lucette Michaux-Chevry incarnait aussi cet idéal de femme à forte personnalité qui « savait parler ».

Achille, 50 ans.

Jusqu’à l’apparition de Bob Marley, qui fut le premier noir à acquérir une dimension internationale, mes héros étaient des sportifs locaux (des cyclistes essentiellement). Mais cette décennie vit pointer de nombreuses personnalités : Angela Davis, qui révolutionnait les coiffures avec ses afros, Marius Trésor, saintannais, capitaine de l’équipe de France. Il faut dire que nous étions aux environs des années 68 et on commençait à entendre parler de nouvelles personnes : Mohammed Ali, Malcom X, Nelson Mandela, des hommes noirs auxquels on pouvait plus facilement s’identifier, et qui incarnaient la réussite et qui aspiraient à « changer le monde ». J’étais admiratif d’hommes qui portaient de grands idéaux comme : Allende, Gandhi...

Julien, 23 ans

Alors mes modèles, hormis mes parents et ma famille bien sûr ? Tout d’abord, Malcolm X car son avenir n’était pas clair. Il a su apprendre et recevoir un savoir puis sortir de cet esclavage mental qu’était aussi la pensée d’Elijah, cette même pensée qui l’a sorti de la rue. Il a abandonné tout cela pour avoir ses propres idées et devenir un Grand Homme. J’essaye toujours de me rappeler cet enseignement : même tes proches que tu veux croire peuvent t’empêcher de voir la lumière. Ensuite pour le business, je dirai PDiddy. Entrepreneur et business mogul.

Grégory, 23 ans.

Mon premier modèle dans la vie est ma mater car bien qu’elle ait été seule, elle a pu nous élever, mes sœurs et moi, de façon très réussie. Elle m’a appris que l’on peut réussir en respectant non seulement sa famille mais aussi les autres sans jamais se compromettre. Je pense qu’il y a beaucoup de familles dans la même situation et je sais que pas mal de gens que je connais, élevés dans des familles monoparentales, rejoindront mon point de vue.

Mon deuxième modèle ce sont tous les jeunes de gwada qui réussissent à l’étranger (surtout en dehors du cadre hexagonal). Je peux nommer certains sportifs tels que Pietrus mais d’autres aussi dont certains amis qui réussissent dans d’autres domaines que le sport. Je pense que c’est gratifiant pour la Guadeloupe. Une si petite île qui parvient à produire de tels talents ! Ça me donne envie de réussir également et de la représenter au mieux. Mon dernier modèle serait les blacks dans le monde (Barak Obama, Nelson Mandela..) qui parviennent à franchir les barrières sociales et raciales pour changer les mentalités et améliorer l’image des nèg’ dans le monde.

Jean, 43 ans.

Mon héros ? Zambla ! Un héros de bande dessinée qui habitait dans la forêt... A l’époque, on n’avait pas grand’chose, on n’avait pas la télé...Mais on partageait cet intérêt avec mon frère, et on s’arrangeait pour les avoir tous !

Emilie, 81 ans

Je n’ai jamais eu de modèle. J’ai eu tellement de déboires dans ma vie que je n’ai pas eu le temps de penser à mon modèle. Dans la vie j’ai été guidée par une seule intention celle d’élever mes enfants et de leur offrir une vie meilleure. Je voulais qu’ils ne manquent de rien et je me suis donnée les moyens pour qu’il en soit ainsi. Je ne regrette pas. Si c’était à refaire, je le referais ambisyon an mwen sé ti moun an mewn.

Des modèles et des jeunes

Des élèves de 4e, 30 adolescents âgés de 13 à 15 ans, un échantillon aléatoirement choisi de la jeunesse guadeloupéenne. Il s’agit de préciser que ce ne sont pas des jeunes issus d’un milieu favorisé, ni de jeunes sur qui la vie s’est spécialement acharnée. A qui rêvent -ils donc de ressembler ? Quelles sont les valeurs qui les tiennent ? Oui, bien sur, on retrouve quelques chanteuses guimauve comme Amel Bent, Jennyfer ou Kennedy, et leurs réciproques masculines « parce qu’ils chantent si bien et qu’ils sont trooop beaux !!! ». Mais qui n’a jamais été fan ? Des super héros, restes de l’enfance pas si lointaine comme Xéna la guerrière, Jackie Chan ( parce que lui, il fait ses cascades lui même !). Dieu...car « il est parfait et je l’adore... » Des sportifs Allen Iverson, Lebron James, Ronaldinho pour la combativité, l’esprit d’équipe, ou simplement leur talent qui impose l’admiration.

Un Barack Obama ! Car « c’est bien qu’une personne de couleur soit président, en plus il a promis d’aider les plus démunis ». Ou encore « personne car je suis moi ».

Mais une majorité de ces jeunes, ayant pris le temps de se pencher sur la question, est allée chercher ses modèles tout près, dans la sphère familiale. Cela signifie qu’ils se sont basés sur des observations d’attitudes, de comportements qu’ils ont vu répéter et dans lesquelles ils ont reconnu des valeurs. Ils ne sont donc pas tous assourdis par les sirènes télévisuelles (une seule héroïne de feuilleton) ou les stars bling bling riches à millions qui fourmillent sur le PAF, prônent la « money cash »( la facilité constituait tout de même une valeur pour l’un d’entre eux). Parmi ces modèles, on retrouve alors la mère « forte spirituellement, mentalement », « attentive » « généreuse », « protectrice », « joyeuse », « courageuse »....une grand-mère à « l’humour qui reflète la joie de vivre, qui tient une telle forme ! », un héros ordinaire travaillant à l’A.S.V.P, qui « les aide à traverser la route quotidiennement, qui est là pour eux et a su leur demander d’être là pour lui ». Un père « juste et bon »à qui l’on aimerait ressembler.


A propos de cet article