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Yo bizwen "parké" nou ?

Alerte ! En ces temps de cyclones, un ouragan s’annonce selon certaines informations : « Le Parc national (seul) voudrait confisquer les ¾ de la petite Guadeloupe que nous (450000 âmes) essayons tant bien que mal de nous partager ». Il y a de quoi avoir la chair de poule, n’est ce pas ?

Mais au fait, qu’est ce que le Parc national ? le petit frère de l’O.N.F. (office national des forêts) ? le cousin du Parc des mamelles ? Non, rien de tout cela. Bien qu’il existe depuis bientôt 20 ans, présentons-le. Le Parc national de la Guadeloupe est un établissement public à part entière. C’est aussi un territoire de 17300 ha qui comprend en Basse-Terre la Soufrière, les Chutes du Carbet, la Cascade aux écrevisses... L’établissement gère aussi des zones terrestres et marines dans le Grand Cul de Sac marin : l’îlet Fajou, l’estuaire de la Grande rivière à Goyave...classées en Réserve naturelle. Et dans ces espaces, pour préserver la diversité des bêtes, des plantes, des paysages, il est interdit de pêcher, de chasser, d’emmener son chien, de prélever, cueillir, ramasser, de jeter ses ordures, de laver sa voiture, de construire. Alors nécessairement, imaginer ce régime sur les ¾ de notre île paraît totalement absurde.

Et ça l’est. Alors c’est quoi cette histoire ?

En 2006, une loi donne la possibilité à ces établissements d’avoir une politique plus tournée vers les territoires qui jouxtent les zones classées jusqu’alors en Parc national. L’idée paraît assez simple : « Protéger c’est bien, mais les animaux, les plantes et les hommes n’étant pas dans des vases clos, pour vraiment sauvegarder la biodiversité il faut prendre en compte cette interdépendance »

La loi induit aussi une terminologie différente. Ce qui était la zone où la réglementation est très contraignante s’appellera cœur de parc. Les zones contiguës s’appelleront aire maritime adjacente quand elles sont maritimes et aire d’adhésion quand elles sont terrestres.
Pour ces dernières, il s’agit de proposer à toutes les communes, 21, ¾ de la Guadeloupe, qui ont une partie de leur territoire en Parc national, de travailler sur une charte : un papier qui dira qui va faire quoi et quand pour un « développement durable de la zone ». Les maires pourront siéger au conseil d’administration. Ils travailleront et signeront la charte s’ils le veulent. Pour bien faire il faudra un travail de concertation énorme. Les cœurs de parc s’enrichiront des îlets Pigeon, Tête à l’anglais, de l’îlet Kahouanne.

L’enfer étant pavé de bonnes intentions, les souvenirs de création en 1989 durs à effacer, les griefs quant à la gestion pluriels, les mails fusent, le ton monte et c’est une bonne chose.
Il serait dommage de laisser passer l’occasion de crever les abcès qui empêchent que cet outil, parce qu’après tout un Parc national est un outil comme une Réserve naturelle ou un Parc régional, soit utilisé à sa pleine mesure dans l’intérêt des Guadeloupéens.
Voici quelques bobos parmi d’autres :
Est-ce la peine de réglementer les plongées sur le site des îlets Pigeon reconnu internationalement, qui accueillerait 90000 plongeurs/an, bien plus de plongeurs que le site est capable d’en accueillir, qui rapporte des mille et des cent à la commune de Bouillante ?
Est-il nécessaire d’interdire le canyoning dans les rivières en coeur, quand les sites les plus attractifs donc les plus juteux s’y trouvent, quand la pression est reportée et concentrée sur d’autres rivières, quand les impacts environnementaux sont certains mais pas totalement mis en lumière ?
Est-il judicieux d’augmenter et dans quelles conditions diversifier les offres touristiques de la Grivelière, site emblématique de l’écotourisme en Guadeloupe et reconnu ailleurs comme tel, quand on sait qu’on est en cœur de parc, dans une vallée hautement patrimoniale, dans une Côte sous le vent dite en retard de développement ?
Serait-il de bon augure d’intégrer des structures de types associatives et/ou privées à la vie et à la gestion de sites naturels ou de maisons thématiques telle que la maison du bois et dans quelles mesures ? S’agit-il de promouvoir la prise en main locale ? Le recrutement effectué au sein de l’établissement est-il en faveur d’une appropriation locale de l’outil ?
L’accès à la Soufrière est-il à réaménager avec un téléphérique, un système de navettes, à dos d’âne, à laisser comme tel en passant par la trace historique des Pas-du-Roy, quand on sait le nombre de touristes juchés dans les bus qui veulent admirer sans marcher, quand on pense à ceux qui ne marchent pas, quand on connaît les risques sismiques et volcaniques ?
Faudrait-il généraliser le paiement de l’accès aux aménagements et services, perçu par certains comme une privation de la liberté de voir l’eau chuter ?

C’est parce que ces questions n’ont pas de réponses simples et manichéennes et parce qu’elles sont au cœur des discussions au bord de la rivière, des préoccupations de professionnels, des intérêts d’associations, des prérogatives des maires... C’est parce qu’il s’agit bel et bien de l’avenir d’une partie non négligeable de la Guadeloupe, de Park nasyonal Gwadloup, qu’il est nécessaire que chacun, que tous, nous fassions l’effort de nous informer, de prendre part aux débats et d’être constructifs.


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